Charles Aznavour, Céline Dion, Yvon Deschamps, le Cirque du Soleil… les plus grands noms du show-business veulent en être. Mais ne cherchez pas à donner un sens à tout ça. C’est la fête de Québec, c’est tout…
Après les attentes créées par les discours des politiciens — « La langue française est la langue fondatrice du Canada », a dit le premier ministre, Stephen Harper —, les célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Québec auront plutôt l’air d’un super Festival d’été. Mais au-delà des grandes manifestations, la Vieille Capitale vaudra quand même le détour tout l’été.
Depuis le début de juin, il ne se passe presque pas une semaine sans qu’une exposition ou un spectacle soient inaugurés, la plupart étant présentés jusqu’à la fin d’octobre : les Jardins éphémères ; le grandiose Espace 400e et l’exposition Passagers ; Le Louvre à Québec, au Musée national des beaux-arts ; le Moulin à images, de Robert Lepage, son initiative la plus ambitieuse… Vous pouvez prévoir un voyage dans la capitale n’importe quand et être assuré d’en avoir plein la vue. Et avec 12 500 chambres disponibles, vous ne risquez pas d’être obligé de dormir sur les plaines d’Abraham !
Alors, qu’est-ce qui cloche ? Il faut l’admettre, les grands médias de la métropole boudent les festivités au point où, en mai, le directeur des fêtes du 400e, Daniel Gélinas, et le maire de Québec, Régis Labeaume, ont fait spécialement le voyage pour participer à des rencontres avec des représentants de la presse. En vain, semble-t-il. Le 49e Congrès eucharistique international, en juin, a eu davantage de couverture médiatique.
La programmation — « un “buffet” qui va plaire à tous, nationalistes comme fédéralistes », selon Daniel Gélinas — est quand même un peu indigeste. Entre les grandes manifestations, les activités officielles et la programmation associée, on a du mal à s’y retrouver, encore plus s’il faut planifier une visite de quelques jours. Mais surtout, ce sont les grands spectacles qui créent le plus de frustrations.
Charles Aznavour le 6 juillet ? Yvon Deschamps le 15 ? Céline Dion le 22 août ? Le Cirque du Soleil du 17 au 19 octobre ? Autant oublier cela… Quand le spectacle n’est pas payant, comme celui d’Aznavour, invité du Festival d’été et non du 400e, un système complexe de distribution des billets, contrôlé par les partenaires commerciaux, les met hors de portée. Même des manifestations plus « modestes », comme la Grand-messe, spécialement composée par Gilles Vigneault, ou le documentaire Infiniment Québec, de Jean-Claude Labrecque, sont quasi inaccessibles, parfois avant d’avoir été officiellement annoncées.
Il y a tellement de grandes occasions que les organisateurs et les représentants municipaux, provinciaux et fédéraux ne s’entendent pas pour désigner le point culminant des 150 célébrations qui s’étaleront sur 12 mois : le 3 juillet, anniversaire de l’arrivée de Samuel de Champlain à Québec ? Ou l’accostage, le 24 juin, des voiliers en provenance de La Rochelle ? Ou le spectacle Céline sur les Plaines, pour lequel René Angélil veut faire « quelque chose de marquant » ?
Quand on demande à Daniel Gélinas où est la dimension historique de ce gros party, il répond : « Mais on écrit également l’histoire. » Et il évoque les fêtes de Québec 84, qui célébraient les 450 ans de l’arrivée de Jacques Cartier. Mais les critiques n’ont pas manqué dans les milieux nationalistes. Certains auraient voulu qu’on profite de l’événement pour faire un peu d’éducation populaire et qu’on rappelle la fondation du Canada français, voire du Canada tout court.
On a senti, cependant, en particulier de la part du ministère du Patrimoine canadien, qui fournit la plus grosse part du budget pour la construction des nouvelles infrastructures et l’organisation des festivités, une volonté d’être « politiquement convenable ». Le thème, « La rencontre », permet d’ailleurs d’associer non seulement les Premières Nations, comme il se doit, mais également les immigrants venus par vagues successives — Écossais, Irlandais, Chinois, Juifs européens, Grecs et Portugais — aux célébrations.
Et de peur d’être accusés de faire de la récupération, les politiciens se tiennent loin des fêtes du 400e : l’Organisation internationale de la Francophonie n’a pas encore répondu à l’invitation d’orchester, pour la soixantaine de chefs d’État ou de gouvernement réunis à Québec du 17 au 19 octobre, une représentation spéciale du Cirque du Soleil.
ET ENCORE…
Lubies d’artistes
Pour s’assurer de la présence de Charles Aznavour à Québec le 6 juillet, il a fallu, dans son contrat, s’engager à lui fournir une caisse d’un vin français qui coûte… 700 dollars la bouteille. Je me suis pris à rêver de tout ce qu’on aurait pu faire découvrir à la vedette si on lui avait plutôt préparé un panier de produits du terroir québécois d’une valeur de 9 000 dollars. Encore une belle occasion ratée de ne pas se conduire en colons !