La dynastie du peuple

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Publié dans L’actualité du 1er juin 2008

 On dit souvent que la bière est le champagne du peuple. Établis à Montréal, les représentants de la sixième et de la septième génération de la famille Molson n’oublient pas leurs origines et les raisons de leur succès.

C’était la première fois que des gens possédant plusieurs centaines de millions de dollars me donnaient rendez-vous dans une… brasserie ! Une vraie brasserie d’amateurs de bière et de hockey, pavoisée aux couleurs du Canadien et de son principal commanditaire, la Molson Ex. C’est donc un pichet de bière que j’ai partagé avec Eric, Andrew et Geoffrey (« Geoff ») Molson. Au menu : sandwich club et smoked meat. Le choix du lieu n’était pas un hasard : on ne réussit pas à conserver la propriété d’une entreprise pendant 222 ans sans demeurer proche de ses clients et de leur style de vie.

Il n’y a rien d’aristocratique dans la plus vieille dynastie d’affaires du Canada. J’ai assisté, en février, à une soirée-hommage à la famille Molson organisée par Sports-Québec. Je m’attendais à y voir l’élite montréalaise des affaires et des représentants bien en vue de l’establishment anglophone. À part les Molson, le seul anglophone assis à la table d’honneur était Bob Gainey, le directeur général du Canadien. Les grandes personnalités venues honorer la famille à cette occasion s’appelaient Richard, Béliveau, Lafleur ou Cournoyer - les légendes vivantes du club emblématique de Montréal.

« Montréal, la bière et le hockey, voilà qui nous sommes », dit Eric Molson dans un très bon français, appris en parcourant tous les coins du Québec. Le club de hockey Canadien a appartenu à la famille Molson ou à la brasserie pendant 37 ans, et Molson Coors en détient toujours près de 20 % des actions. De plus, la marque de bière est le commanditaire de la diffusion des parties du « Tricolore » depuis 51 ans.

Eric Molson, 70 ans, coprésident du conseil de Molson Coors - sixième brasseur au monde, avec des revenus de 6,1 milliards de dollars -, a toujours préféré la discrétion. Il donne très peu d’interviews, on ne l’entend pas sur les grands enjeux politiques ou économiques et il n’a pas de résidence au lac Memphrémagog ou à Palm Beach, où séjournent les grosses pointures du milieu des affaires québécois. L’homme laisse pourtant sa marque. C’est lui qui a décidé de construire ce qui est devenu le Centre Bell et c’est grâce à sa générosité que l’on est en train de bâtir, au centre-ville de Montréal, le nouveau siège de l’École de gestion John-Molson (Université Concordia), un immeuble de 15 étages qui coûtera 120 millions de dollars. Depuis huit ans, la famille Molson a donné 20 millions de dollars à cette école qui porte le nom de son illustre ancêtre.

Peu d’hommes ont marqué autant l’histoire de Montréal que John Molson, arrivé d’Angleterre en 1784. Deux ans plus tard, alors qu’il n’a que 22 ans, il fonde une brasserie, qui deviendra la plus vieille encore en activité en Amérique du Nord. C’est un entrepreneur redoutable. Il sera le premier président de la Banque de Montréal, il exploitera les premiers bateaux à vapeur sur le Saint-Laurent et il sera à l’origine du premier chemin de fer au Canada, qui deviendra plus tard le Canadien National. On lui doit aussi la construction de l’Hôpital général de Montréal (encore soutenu par ses descendants), d’un hôtel de la rue Saint-Paul et du premier théâtre de la ville. Son fils William a créé la Banque Molson - une institution financière importante à l’époque -, qui fusionnera avec la Banque de Montréal.

Bien que John Molson ait été un grand ami de James McGill - dont les dotations foncière et financière ont permis de fonder l’université qui porte son nom - et que le sénateur Hartland Molson, oncle d’Eric et ancien président de la brasserie, ait été gouverneur de l’Université McGill pendant 20 ans, la génération actuelle des Molson a jeté son dévolu sur l’Université Concordia. « Parce que c’est l’université du peuple, dit Eric Molson. Tout le monde y a accès, peu importe l’âge, la classe sociale ou la nationalité. Cela correspond tout à fait à nos valeurs. »

Eric Molson aime bien se démarquer. Séduit par la théorie du célèbre neurochirurgien Wilder Penfield voulant que l’apprentissage d’une deuxième langue stimule l’intelligence, Eric Molson a même tenu à ce que ses deux aînés étudient en français à Toronto, où il avait été envoyé pendant quelques années pour développer le marché ontarien. Le 15 novembre 1976, alors que des milliers d’anglophones terrorisés par l’élection du Parti québécois décidaient de quitter le Québec, Eric Molson prenait le train en direction de Montréal avec sa femme et ses trois fils, heureux de retrouver sa ville. Le 15 mai dernier, quand il s’est adressé aux actionnaires de l’entreprise réunis cette année à Denver, il a entamé, comme toujours, son intervention en français.

Ses fils Andrew et Geoff travaillent surtout dans la première langue du Québec. Andrew, l’aîné, a étudié au collège de Montréal et a fait ses études de droit à l’Université Laval, à Québec, en plus de fréquenter les universités de Princeton et de Londres. Âgé de 40 ans, il est l’un des propriétaires et le vice-président du conseil de Res Publica, société qui chapeaute le Cabinet de relations publiques National, la plus grande entreprise du genre au Canada. C’est l’intellectuel de la famille, le spécialiste des questions de gouvernance et celui qui veille sur les intérêts familiaux, avec son père, au conseil d’administration de Molson Coors. Le deuxième fils, Justin, n’est pas actif dans les affaires familiales et demeure au Vermont.

Geoff, le benjamin, est un véritable « gars de bière ». Vice-président au marketing de Molson au Québec, il a le nez collé sur les résultats des ventes et sur les rapports que lui transmettent les agents régionaux. « Nos bières restent les plus bues au Canada, me dit-il. Nous avons gagné des parts de marché en 2007 et la tendance est encore bonne. Nos marques stratégiques (Export, Canadian et Coors Light) croissent cinq fois plus vite que le marché. »

Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Molson qu’on accède directement aux plus hautes fonctions de l’entreprise. Il n’y a pas eu de Molson à la présidence depuis 1966. Chimiste de formation et véritable maître brasseur, Eric Molson est le premier à reconnaître qu’il n’avait pas l’étoffe d’un dealmaker. Ce coprésident du conseil de Molson Coors tient à préciser qu’il n’est pas engagé dans les activités courantes de la brasserie. Il en fait un principe de bonne gouvernance : « La famille tient à ce que l’entreprise soit dirigée par les personnes les plus compétentes.»

Cette règle s’applique à tous. « Quand j’ai eu mon premier emploi d’été comme livreur de bière, à Chicoutimi, mon père a téléphoné à mon patron pour s’assurer que je n’avais pas droit à un traitement privilégié. Il lui a dit : “Si ça se passe mal, on va l’enlever de l’organisation” », raconte Geoff Molson, plus admiratif que mécontent.

La décision de laisser la direction de l’entreprise à des gestionnaires extérieurs n’a pourtant pas produit que de bons résultats. Pendant presque trois décennies, Molson s’est égarée dans une diversification échevelée et peu rentable. Elle était devenue propriétaire d’entreprises aussi disparates que Le Castor Bricoleur et Home Depot Canada, dans la quincaillerie, ou Diversey, dans les produits chimiques. Les Compagnies Molson (c’était le nom à l’époque) ne possédaient plus que 40 % de la brasserie. Ce fut alors le début de l’opération « retour à la bière », par laquelle la famille a recentré les activités de l’entreprise, rachetant au prix fort ce qui avait été vendu aux brasseries Miller et Foster et abandonnant même la propriété du Canadien, cédé en grande partie à l’homme d’affaires américain George Gillett.

Une deuxième déconvenue a failli couler le navire pour de bon au début des années 2000, lorsque Molson a décidé de s’attaquer au marché brésilien, une aventure qui a tourné à l’échec. Amochée et manifestement trop petite pour prendre d’assaut les marchés internationaux, Molson s’est alors trouvé un partenaire américain qui était dans la même impasse stratégique qu’elle. Il s’agissait, de surcroît, d’une entreprise familiale. En 2004, les familles Molson et Coors mariaient leurs brasseries et créaient Molson Coors, dont elles sont, à parts égales, actionnaires de contrôle. « Cette fusion, même les syndicats la voulaient, dit Eric Molson. Nous sommes beaucoup plus forts ensemble. » Et beaucoup plus riches, aussi, car depuis la fusion, le titre de la nouvelle entité a crû de 48 %.

Les activités de Molson Coors aux États-Unis fusionneront prochainement avec celles de SABMiller, le deuxième brasseur américain. Ensemble, elles pourront mener une plus large offensive contre Anheuser-Busch (Budweiser), qui contrôle à elle seule la moitié du marché américain. En ce mois d’avril, Eric, Andrew et Geoff Molson se sentaient comme le Canadien. Après un grand passage à vide, tous les espoirs étaient maintenant permis.

Rouvrir Mirabel et condamner Dorval ? Fou braque !

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Aéroport de Montréal vient de dépenser 1 milliard de dollars au cours des dernières années pour moderniser l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, mais il faudrait l’abandonner et rouvrir Mirabel. C’est du moins ce que demandent une centaine de résidents de villes ou d’arrondissements voisins de Dorval qui ont monopolisé l’assemblée annuelle d’ADM.

C’est de la folie furieuse et le gouvernement qui dirait oui à une telle requête signerait l’arrêt de mort du transport aérien au Québec en plus de nous couvrir de ridicule. Les nouvelles jetée internationale et nationale,  la nouvelle salle de récupération des bagages, le complexe des arrivées internationales, tout cela serait abandonné parce qu’il y aurait trop de bruit, surtout la nuit et tôt le matin.

Tant quand y être, faudrait-il démolir la 20 parce qu’elle accapare des terres agricoles, la Métropolitaine parce qu’elle est trop bruyante ou l’autoroute Décarie parce qu’elle casse un quartier en deux ? Que fait le brave citoyen qui trouve qu’il y a trop de bruit dans son quartier à cause de la proximité d’une autoroute ? Demande-t-il à la ville de la démolir ou déménage-t-il ?

Cela fait 67 ans qu’il y a un aéroport à Dorval, ne me faites pas croire qu’il y des gens qui sont surpris d’y trouver… des avions ! D’autant plus que ce qu’on appelle communément le West Island s’est bâti autour de l’aéroport et que des centaines de milliers de personnes ont été attirées par sa proximité.

Le déménagement de tous les vols à Dorval, souhaité par tous les décideurs montréalais, mettait fin à une absurdité. Montréal n’avait ni le trafic ni les moyens de gérer deux sites de classe internationale. La consolidation de toutes les activités à Dorval a rendu les correspondances plus faciles, ce qui s’est traduit par une augmentation sensible du nombre de passagers et la magnifique mise à niveau effectuée depuis 2000.

Pourquoi Dorval et non Mirabel ? Parce que le premier est à 20 minutes du centre-ville et que les deux tiers des passagers voyagent sur une liaison nationale ou transfrontalière. Ce sont surtout des voyageurs d’affaires pour qui la proximité au centre-ville est importante. Se rendre à Mirabel en auto pendant les heures de pointe prend presque autant de temps que de se rendre à Toronto !

Le citoyen est roi, mais il arrive un temps où l’intérêt public doit s’imposer.

Bell débandade et Gros bonis

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Bell perd des clients à la tonne et ses profits s’effondrent, mais Michael Sabia, le PDG de BCE, trouve que les résultats qu’il a présentés aujourd’hui aux actionnaires sont « solides ». Aussi solides que du Jello ! Les résultats de BCE sont tellement misérables, qu’on a hâte que la transaction avec Teachers se réalise et qu’une nouvelle équipe de gestionnaires prenne les commandes.

Au cours du premier trimestre de son exercice, l’ancien monopole affiche des profits en baisse de 48 %, ses revenus stagnent et elle a perdu 119 000 clients pour son service de téléphonie. Bell Mobilité n’a recruté pendant cette période que 34 000 clients, deux fois moins que Rogers. Malgré l’omniprésence de ses deux castors tapageurs,  Bell n’a convaincu que 10 000 nouveaux clients pour l’accès Internet, trois fois moins que Vidéotron dont les services ne sont disponibles qu’au Québec.

Pour regagner des parts de marché et tenter de retrouver son lustre d’autrefois, BCE devrait investir davantage. Et bien non, elle a diminué de 85 millions ses investissements en capital.

Michael Sabia devait remettre l’entreprise sur la bonne voie après l’expansion échevelée menée par son prédécesseur. Il n’aura réussi qu’à vendre une entreprise qui se sera considérablement détériorée sous son règne.

Cela ne l’empêchera pas d’encaisser une somme de 41,1 millions de dollars quand la privatisation de Bell sera terminée. Il y a vraiment quelque chose d’absurde et de scandaleux dans la rémunération des grands patrons. La rémunération au mérite, je suis pour. J’ai plus de misère avec les primes à l’échec.

Le vent de la prospérité ?

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Septième dans tout. Les données du recensement sur les conditions de vie des ménages nous ont remis en pleine face la pauvreté relative du Québec face aux autres provinces.

Les familles québécoises occupent le septième rang pour le revenu familial provenant des emplois et pour le revenu après impôt et les Québécois occupent la septième position pour le revenu personnel disponible. Inversement, nous occupons le troisième rang pour les revenus qui proviennent des paiements de transfert gouvernementaux et le neuvième pour le pourcentage de la population bénéficiant de l’aide sociale. Nous voilà distancés par toutes les provinces de l’Ouest et quasiment rattrapés par les provinces de l’Atlantique.

Voici pourquoi je me réjouis des investissements de 5,5 milliards de dollars annoncés hier par Jean Charest. Dans un monde avide d’énergie, le Québec doit jouer ses atouts. On ne sait pas encore s’il y a chez nous des gisements conséquents et exploitables de gaz et de pétrole, mais nous avons de l’eau et du vent à en revendre.

Les parcs d’éoliennes annoncés depuis trois ans vont produire 3 000 mégawatts d’ici 2015. Trois grands projets de barrages hydro-électriques sont également en cours et le Québec veut réduire sa consommation d’énergie de 5,7% d’ici là. Tout cela devrait permettre d’accroître considérablement nos exportations, déjà en hausse de 25 % en 2007.

Entre-temps, nous parlons ici d’investissements de 12,5 milliards pour les éoliennes et les nouveaux barrages, sans compter la nouvelle ligne de transmission avec l’Ontario.

Le Québec a vraiment besoin de toute cette énergie pour s’imposer comme l’un des endroits les plus dynamiques et prospères du continent.

Les 53 dollars de Statistique Canada

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Le revenu médian des Canadiens n’a augmenté que de 53 dollars depuis 25 ans et l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de croître. C’est ce qu’il faudrait retenir de l’étude publiée par Statistique Canada jeudi dernier à partir des données du dernier recensement. En éditorial samedi, The Gazette, a mis ces chiffres en perspective et leur a donné une toute autre interprétation. Non, la situation n’est pas aussi catastrophique.

L’étude compare les revenus d’emplois de ceux qui font partie des 20 % les mieux payés  à ceux qui font partie des 20 % les plus pauvres. À première vue, ce n’est pas très reluisant puisque les revenus des plus riches augmentent de 16,4 % depuis 1980 et qu’ils baissent de 20,6 % chez les plus pauvres. La comparaison est boiteuse - sinon tendancieuse - parce que plus de 50 % des revenus des plus démunis (travail à temps partiel, aide sociale, revenus de pension et autres transferts gouvernementaux) ne sont pas considérés.

Le revenu médian n’aurait augmenté que de 53 dollars, soit de 0,1 % ? Certes, mais le revenu familial a crû de 11 % pendant cette période (tous ces chiffres tiennent compte de l’inflation). Chez les plus défavorisés, l’augmentation du revenu familial est de 15,4 %.

Enfin, les pauvres ne sont pas toujours les mêmes… Plus de 80 % des gens qui faisaient partis des 20 % les plus démunis en 1999 ne faisaient plus partie de ce groupe en 2002, révélait une étude de Statistique Canada mise en lumière par l’Institut Fraser. Un retour aux études, un divorce, la perte d’un emploi peut tout faire basculer, mais la majorité des gens finissent par améliorer leur situation.

Les Canadiens vivent-ils mieux qu’en 1980 ? Je pense que oui et plusieurs indicateurs sociaux et économiques le démontrent.

Reste que cette étude soulève de grandes questions :  

  • Le revenu médian a baissé de 0,3 % au Québec, soit de 114 dollars. Il y a un écart de 5931 dollars entre Montréal et Toronto.
  • L’éducation explique la différence de revenus et les gains sont impressionnants chez certaines professions : médecins spécialistes (+18% depuis 2000), ingénieurs pétroliers (+25%), avocats, ingénieurs.
  • Par contre, un immigrant qui a un diplôme universitaire gagne presque 20 000 dollars de moins au Québec que les autres diplômés.
  • La situation est pire pour les femmes, puisque l’écart entre une femme diplômée universitaire et un homme atteint 22 000 dollars.
  • Même les femmes qui ont entre 25 et 29 ans et qui ont une expérience de travail équivalente aux hommes de leur âge gagnent moins.

Ne blâmons pas trop vite les pétrolières

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Les pétrolières sont des proies idéales et cela fait tellement du bien de s’en prendre à ces entreprises gigantesques en faisant le plein ou autour d’une conservation entre amis. Leurs immenses profits en scandalisent plusieurs alors que les prix de l’essence et du mazout fracassent les records. Mais il y a beaucoup d’idéologie, (la version anti-capitaliste et la version écologiste) ou d’ignorance dans cette critique. Voilà pourquoi :

  1. Le prix du pétrole n’est pas fixé par les pétrolières. D’abord, 70 % de la production est contrôlée par des États souverains qui ne cherchent qu’à obtenir le meilleur prix, ce qui est normal. Surtout, le prix du baril de pétrole est déterminé par un marché international. Comme tout marché, il reflète la production de pétrole (l’offre) et la consommation (la demande). Or, il se produit chaque jour 85 millions de barils de pétrole, mais il s’en consomme environ 87 millions. Le marché est déséquilibré et les prix augmentent forcément.
  2. Cette demande accrue pour le pétrole se poursuivra au cours des prochaines années. Les ventes de véhicules ont augmenté de 60 % (!!!) en Russie l’an dernier, de 30 % au Brésil et de 20 % en Chine.
  3. Il y a deux façons de s’attaquer au problème. Soit qu’on diminue la consommation, ce qui ne sera pas facile à vendre à certains pays qui découvrent les joies de l’automobile individuelle et, croyez-moi, nous sommes mal placés pour leur suggérer la frugalité (il y a 44 autos pour 1000 habitants en Chine contre 750 aux États-Unis). L’autre solution, c’est d’augmenter la production.
  4. C’est à cette tâche que s’attelle l’industrie pétrolière qui dépense une fortune pour trouver et exploiter de nouveaux gisements, de plus en plus difficiles à trouver et à exploiter. De 1983 à 2007, les pétrolières ont investi 355 milliards de dollars pour trouver du pétrole, ce qui est davantage que les profits encaissés pendant cette période.
  5. Ah ces profits ! Exxon Mobil affiche des profits de 10,9 milliards de dollars pour le premier trimestre de l’année. Quel scandale ! Shell et BP dégagent des bénéfices de 7 millions de dollars par heure. Que cela est ignoble ! Je vous invite donc à prendre une grande respiration et à sortir votre calculette. Exxon Mobil a réalisé ses profits de 10,9 milliards sur des revenus trimestriels de 116,8 milliards. Cela donne une marge bénéficiaire de 9,3 %. C’est bon, mais c’est minuscule comparativement à ce qu’obtiennent des entreprises que nous chérissons pourtant (Apple, 14 % au dernier trimestre).
  6. En fait, en 2007 la marge bénéficiaire de l’industrie pétrolière  (8,3 cents sur des ventes de un dollar) n’est pas beaucoup supérieure à la moyenne des entreprises industrielles cotées par Dow Jones (7,8 cents sur des ventes de un dollar).
  7. L’industrie pétrolière paie des taxes et des impôts. Le taux moyen d’imposition d’Exxon Mobil dans les pays où elle présente est de 44 %.

La progression constante des prix du pétrole est fâcheuse et elle a un impact négatif sur plusieurs secteurs économiques (transport, agriculture, tourisme…). Cette situation nous met aussi face à nos propres contradictions (exemple : nous habitons la troisième ceinture de la banlieue, mais nous militons pour l’environnement !). Je pense surtout qu’on devrait raffiner un peu notre analyse et ne pas rendre les pétrolières responsables d’une situation dont elles profitent, mais dont elles ne sont pas la cause.

L’impasse américaine de Jean Coutu

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Il y a plusieurs années, le Groupe Jean Coutu prenait le pari de s’implanter aux États-Unis. L’aventure a connu plusieurs revirements, mais elle ne cesse de hanter les dirigeants et les actionnaires de l’entreprise.

Le Groupe Jean Coutu a dévoilé hier une perte de 269 millions de dollars au troisième trimestre de son exercice financier. Tout cela parce que Rite Aid, la chaîne américaine dont il est le principal actionnaire, a perdu 1 milliard de dollars au dernier trimestre de son année financière. Rite Aid, en pleine restructuration, subit le choc du ralentissement économique et de la forte concurrence des leaders du marché, Walgreen, CVS et Wal-Mart.

Mais si ce n’était que ça. Obnubilés par ses difficultés sur le marché américain, les dirigeants de Jean Coutu auraient-ils négligé le marché canadien ? Pendant que Jean Coutu essaimait dans le Nord-est des États-Unis, Shoppers Drug Mart/Pharmaprix, son grand concurrent canadien, s’implantait dans toutes les régions du pays, y compris au Québec.

Résultat : les ventes au détail de Jean Coutu au Canada n’ont augmenté que de 5 % au dernier trimestre, contre 10 % pour Shoppers. La chaîne ontarienne engrange des profits nets de 100 millions de dollars au dernier trimestre, c’est environ deux fois plus que Jean Coutu au Canada.

Avec ses 300 millions d‘habitants, le marché américain apparaît irrésistible. Malheureusement, c’est aussi un marché complexe où la concurrence est impitoyable. Rares sont les détaillants étrangers qui y connaissent du succès. En mettant toutes ses billes sur le marché canadien, Shoppers a fait un choix conservateur, mais qui s’avère payant.

Dans une présentation aux analystes financiers hier, les dirigeants de la Banque Royale faisaient remarquer que les ménages canadiens étaient beaucoup moins endettés que les ménages américains, qu’il y avait au Canada proportionnellement 2,5 fois moins de faillites individuelles qu’aux États-Unis et que l’endettement par cartes de crédit y est quatre fois moins important.

Voilà pourquoi sans doute on prévoit que les consommateurs canadiens devraient augmenter leurs dépenses de 4,3 % cette année, comparativement à 1,6 % pour les consommateurs américains. Certes le Canada est petit, mais ses 33 millions d’habitants peuvent rapporter gros.

L’exception canadienne

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Les chiffres dévoilés ce matin par l’OCDE, une organisation internationale regroupant 30 pays développés, confirment que le Canada semble immunisé pour le moment contre l’inflation, grâce à la vigueur du dollar canadien.  Je persiste et signe : l’appréciation du dollar canadien a davantage d’effets bénéfiques que négatifs, y compris pour le Québec.

Les pays membres de l’OCDE ont affiché une hausse moyenne du coût de la vie de 3,5 % en mars comparativement à l’année précédente, alors que le taux d’inflation n’était que de 1,4 % au Canada. Deux autres statistiques sont encore plus révélatrices.

La planète se révolte contre la hausse vertigineuse du prix des aliments qui ont augmenté en moyenne de 5,1 % en mars dans les pays membres de l’OCDE, mais ils ont baissé de 0,3 % chez nous.

Nous maugréons contre l’augmentation du prix de l’essence à la pompe, mais les hausses que nous subissons feraient l’envie de tous. Le prix de l’énergie est en hausse de 13,3 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, contre 5,4 % au Canada.

La faiblesse de l’inflation canadienne permet à la Banque du Canada de continuer à stimuler l’économie en abaissant les taux d’intérêts sans trop se soucier des conséquences à court terme. Ce n’est pas le cas de la Réserve fédérale américaine qui doit composer avec un ralentissement plus prononcé de l’économie et une inflation de plus en plus persistante.

Pour revenir au Québec, l’économie ne s’en tire pas trop mal, malgré le dollar fort. Même dans le secteur de la fabrication, les ventes se sont accrues de 2,1 % en 2007. De plus, le nombre de bénéficiaires de l’assurance emploi a diminué de 10,2 % en février 2008 comparativement à février 2007, c’est la deuxième plus importante baisse en pourcentage au pays.

Enfin, le PIB a augmenté de 2,4 % en 2007. C’est plus qu’en 2006 (1,7%) et c’est mieux que l’Ontario (2,1 %). Reste à rattraper la moyenne canadienne, à 2,7 %.

Pétrole : une affaire de taxes

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Demander au gouvernement d’intervenir sur le prix de l’essence, c’est comme demander à un proxénète de limiter la prostitution. Les gouvernements se remplissent les poches au fur et à mesure que les prix augmentent. Ils sont dans la même position que les pétrolières : ils prennent leur cote.

On a beau pester contre les pétrolières, les raffineurs et les stations services qui seraient trop gourmands ou encore maudire les tempêtes, les conflits armés ou les spéculateurs qui poussent le prix du pétrole à la hausse, il y a deux grandes vérités qui expliquent l’essentiel du prix du pétrole.

La première, c’est sa rareté. La demande pour le pétrole croît beaucoup plus vite que l’exploitation de nouveaux gisements. On voyait hier au Téléjournal le nouvel engouement des Chinois pour l’automobile. La même frénésie a déjà gagné l’Inde. Or, 47 % du prix de l’essence à la pompe s’explique par le prix du baril de pétrole déterminé par le marché international. Les raffineurs québécois doivent payer le pétrole à ce prix-là.

L’autre grande vérité, c’est que 39 % du prix de l’essence à Montréal (34 % ailleurs au Québec) s’explique par les taxes. En 2007, les Québécois ont payé 1,9 milliard de dollars en taxes provinciales (sans compter celle de 1,5 cent le litre à Montréal) et 1,3 milliard en taxes fédérales. Si le prix du litre se maintient à une moyenne de 1,30 le litre, le gouvernement provincial ira chercher 430 millions de dollars supplémentaires cette année.

Imaginons maintenant que le scénario de l’économiste de la CIBC, Jeff Rubin, se réalise et que le prix du baril de pétrole atteint les 200 dollars d’ici 2012. Il est plausible que nous ayons alors à payer 2,50 le litre d’essence, ce qui procurerait des revenus de 7,7 milliards pour les deux gouvernements au Québec. Cela ferait presque 1 dollar le litre en taxes !

Ce ne serait encore rien comparativement aux gouvernements européens et, d’un point de vue environnemental, la hausse vertigineuse du prix de l’essence a sans doute des mérites.

Mais on ne peut pas à la fois défendre ces taxes élevées et se plaindre de l’augmentation du coût de l’essence !

Crises à la carte

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Ce qui est bien ces jours-ci, c’est que nous avons le choix de nos inquiétudes : crise céréalière et alimentaire, crise pétrolière, crise immobilière, crise financière, crise manufacturière, crise sécuritaire et bientôt, peut-être, une crise humanitaire avec la grippe aviaire. Sans oublier le réchauffement planétaire et toutes les guerres. Heureusement que le Canadien a gagné hier !

Rassurez-vous, je ne veux rien banaliser. Ces drames et ces enjeux sont bien réels et leur  résolution demandera des efforts inouïs d’imagination et de concertation. Ce qui m’ennuie, c’est quand nous sombrons dans le pessimisme et que nous perdons de vue toute perspective historique.

Prenons les années 1970. Les États-Unis ont à leur tête un président incroyablement impopulaire, ils sont engagés dans une sale guerre qui leur coûte une fortune en vies humaines et en dollars, le coût du pétrole monte en flèche et le dollar dégringole alors que l’inflation commence à déraper sérieusement. Moins de 40 ans plus tard, on dirait que nous sommes dans un remake du film original !

Ce que je retiens des années 1970, outre l’extraordinaire musique, c’est que nous nous en sommes sortis. L’Histoire, comme la vie du reste, n’est jamais « lisse », elle est toujours parsemée d’embûches, de reculs ou de détours. Malgré, et sans doute grâce à ces aspérités, la situation des êtres humains tend à s’améliorer.

À preuve, nous travaillons aujourd’hui trois fois moins que ce que nos arrières grands-parents travaillaient il y a un siècle. (Les vacances, la retraite, les week-ends et les congés parentaux sont des inventions récentes). Les enfants qui naissent aujourd’hui pourraient mourir centenaire grâce au progrès de la médecine. Des centaines de millions d’hommes et de femmes, surtout en Asie, mangent aujourd’hui à leur faim et ont vu leurs conditions de vie s’améliorer de façon spectaculaire.

Malgré les inégalités et les tempêtes - et je pense qu’il y en a quelques-unes qui vont souffler fort - je crois sincèrement que tout n’est pas si noir. S’il fallait ajouter une autre crise à notre vocabulaire, ce serait la crise du l’optimisme.