Les spaghettis en folie

Économie 6 Commentaires »

Je crains l’inflation. Pire, j’en ai même peur. C’est un ennemi implacable qui frappe et appauvrit tout le monde. Or, la voilà qui se manifeste au Canada, qui avait été jusque là immunisé contre la hausse du coût des denrées et des matières premières grâce à l’appréciation du dollar. Le huard a maintenant cessé son ascension et les prix commencent à déraper.

L’inflation est donc en hausse de 3,1 % en juin au pays et de 3,0 % à Montréal. Premier coupable : les prix de l’essence en hausse de 26,9 % depuis un an. Le prix de la farine grimpe de 44,5 % et celui des pâtes alimentaires de presque 36 %. Les prix des aliments devraient continuer d’augmenter avec la hausse des coûts de production et de transport.

Les économistes hésitent entre deux scénarios. Les pessimistes parlent d’une immense tempête alimentée par les crises du crédit, de l’immobilier, du pétrole, du retour de l’inflation et de la baisse de confiance des consommateurs.

Les optimistes sont plus portés à relativiser. Déjà, le prix du baril de pétrole se replie avec le ralentissement de l’économie. Il est en recul de 22 dollars depuis 13 jours et il perd ce matin 3 dollars à 125,95 dollars. Le litre d’essence est à 1,32 dollars ce matin à Montréal alors qu’il touchait les 1,50 il y a une semaine. Bref, les prix s’ajustent constamment en fonction de la demande. Est-ce que le repli du pétrole constitue une embellie ou un phénomène durable ? Tout dépend du scénario que vous avez choisi…

Faut-il subventionner la culture ?

Général 39 Commentaires »

Suite à mon texte sur le financement des festivals, un jeune blogueur m’a mis au défi. Vincent Geloso publie sur son site un texte condamnant le financement des activités culturelles. Je lui répondrai au cours des prochains jours et il répondra également au texte qui suit. Cela ne vous empêche absolument pas de le commenter entre-temps…

Je n’aime pas les subventions. Dans le meilleur des mondes et dans des conditions idéales de marché il n’y en aurait pas, ni dans la culture ni dans d’autres secteurs. Seulement voilà, nous ne vivons pas dans un marché idéal et la culture n’est pas une « marchandise » comme les autres. Un point de vue puriste et dogmatique sur cette question aurait quant à moi des conséquences économiques, culturelles, sociales et politiques qui ne valent tout simplement pas le coût des aides accordées à ce secteur.

Résumons brièvement l’intervention gouvernementale. L’État est lui-même un joueur par l’entremise des sociétés de la Couronne et d’État (Radio-Canada, l’ONF, Télé-Québec) et il intervient au niveau de la réglementation (quotas pour la chanson francophone, règles sur la propriété des médias, obligations pour les câblodistributeurs de créer des fonds pour la production). Les gouvernements subventionnent également les industries culturelles par l’entremise de programmes d’aide particuliers pour la télévision et le cinéma, les magazines, le disque, certains événements et festivals ainsi que les musées et les institutions comme l’OSM ou l’Opéra de Montréal. Ils ont aussi adopté des mesures fiscales (crédits d’impôts) pour soutenir le secteur.

Y aurait-il une véritable création canadienne en cinéma et en télévision sans l’aide de l’État ? Je ne le crois pas. Même avec des subventions, il est difficile de concurrencer la quantité, la qualité et l’accessibilité de la production américaine. Sans subventions, c’est carrément impossible. Le marché américain est 13 fois plus gros que le marché canadien anglais ce qui permet à nos voisins de produire à gros budget et d’exporter à petit prix des séries comme CSI ou Beautés Désespérées. Laisser aller le marché comme bon lui semble, c’est se condamner à ne consommer que des produits américains. Ceux qui veulent libéraliser totalement ce marché ne font aucune différence entre une série télévisée et un pantalon. Moi, j’en vois une !

La production québécoise serait anéantie par la suppression des aides gouvernementales. Pour attirer des auditoires conséquents, il faut y mettre le prix. Prenons la série Les Boys qui coûte 450 000 dollars la demi-heure. Radio-Canada ne dispose que de six minutes pour vendre de la publicité et ne peut pas obtenir pour ces pubs plus de 20 000 dollars les 30 secondes. Faites le calcul, impossible de produire une telle série sans aller chercher plus de 210 000 dollars par émission des rediffusions, des commandites, du placement de produit et des sommes provenant du Fonds canadien pour la télévision et des crédits d’impôts fédéral et provincial. Et, malgré toutes ces acrobaties fiscales et comptables (j’ai travaillé pendant un an dans ce secteur), le financement d’une œuvre documentaire ou de fiction originale est de plus en plus difficile.

Les Boys ne sont peut-être pas le meilleur exemple de la culture québécoise qu’il faut tant préserver et soutenir, mais retenons que sans les programmes gouvernementaux toute création originale susceptible de mettre en valeur auprès du grand public les œuvres et les artisans canadiens et québécois est impensable.

Ne pas financer la culture, cela veut dire qu’il faut faire de la télévision bon marché qui n’offre que des productions étrangères traduites. Au nom de la pureté idéologique, on peut trouver que c’est très vilain de subventionner la culture et se contenter des reprises des Joyeux Naufragés (après tout cette émission n’a que 40 ans…) Est-ce ce que nous voulons ?

Il n’y aurait pas de cinéma canadien sans les programmes gouvernementaux. Les magazines américains domineraient le marché canadien sans les programmes d’aides (j’ai été éditeur de magazines pendant de nombreuses années).

Bien peu d’auteurs seraient publiés sans le soutien aux maisons d’édition. Vous me direz que cela vous est bien égal et que c’est normal que seuls les auteurs les plus populaires soient publiés et se retrouvent en librairies. J’ai aussi eu la responsabilité d’une maison d’édition de livres et je connais bien peu d’éditeurs qui sachent deviner à coup sûr quels livres auront du succès. Il faut en publier 10 et souvent plus avant qu’il n’y en ait un qui devienne un best-seller. L’éditeur américain sait qu’un best-seller lui rapportera des dizaines de millions de dollars dans son marché et il a l’argent pour prendre tous les risques imposés par son métier. Désolé, mais ce n’est pas le cas au Canada et encore moins au Québec. Alors on fait quoi ? On cesse de publier des livres à cause de Milton Friedman ?

Je crois au marché, mais je crois aussi qu’une communauté peut favoriser l’expression de ses propres auteurs et de leurs œuvres. Je crois au marché, mais je trouve qu’une société peut trouver pertinent de bâtir sa propre industrie culturelle. Je crois au marché, mais je connais fort peu de musées qui subsisteraient sans l’aide de l’État. Je crois au marché, mais je ne suis pas assez bête pour croire que la compréhension étroite d’une grande loi économique a plus de valeur que l’expression culturelle et artistique d’un peuple.  Il ne faut pas réduire l’être humain à un portefeuille. L’âme, vous connaissez ?

Le prix de l’essence pas assez haut au goût de la Régie de l’énergie

Crise pétrolière 13 Commentaires »

La Régie de l’énergie vient d’imposer aux détaillants d’essence de Saint-Jérôme l’ajout de trois cents le litre au prix de gros de l’essence. La Régie veut empêcher une guerre de prix à la pompe.

Rassurez-vous, c’est pour vous protégez ! La Régie donne raison aux détaillants qui trouvent que Costco vend l’essence à perte. Cela nuirait à la rentabilité des autres détaillants qui seraient du coup menacés de fermeture, ce qui diminuerait la concurrence dans la région et ce qui aurait ultimement des conséquences fâcheuses sur le prix de l’essence.

Reprenons le raisonnement du début. Costco vendrait donc l’essence à perte. Cela arrive pourtant tous les jours que des commerçants vendent à perte des produits populaires. Chaque semaine, des millions de circulaires font la promotion de produits en solde. Cela s’appelle faire des affaires. Si Costco perd trop d’argent avec ces rabais sur l’essence, il y aura toujours des actionnaires qui la remettront à l’ordre.

Cela nuirait à la rentabilité des autres détaillants. Qui sont au juste ces autres détaillants ? Vous me nommerez bien des stations Crevier ou Harnois et quelconque petit réseau indépendant, mais ceux qui sont dans la cible de Costco s’appellent plutôt Ultramar, Esso, Shell ou Petro-Canada. Voilà les vrais concurrents. Vous savez quoi ? Je pense que ces pétrolières sont amplement capables de se défendre avec les profits qu’elles engrangent depuis la remontée du pétrole.

De plus, je ne pense vraiment pas que ces pétrolières quitteront en masse la région de Saint-Jérôme parce qu’UN seul magasin Costco vend son essence quelques sous le litre moins cher. Je trouve donc injustifiées et totalement alarmistes les craintes exprimées par la Régie.

J’aime les guerres de prix ! J’adore quand Future Shop veut vendre les ordinateurs moins chers que ses concurrents, quand Brault & Martineau ou Ameublement Tanguay font des promotions sur les électroménagers ou que Vidéotron s’attaque au marché de la téléphonie résidentielle. Nous bénéficions tous de la concurrence entre commerçants et entre fabricants, mais il faudrait rester impassible et absorber toutes les augmentations alors que les prix de l’essence atteignent des niveaux record.

La protection des consommateurs selon la Régie de l’énergie, c’est la protection des grands joueurs qui pourront maintenir leurs marges bénéficiaires en tuant dans l’œuf toute possibilité de guerre de prix. Voilà une grave entrave à la liberté d’entreprise, à une véritable concurrence et à la vraie protection des consommateurs.

Maudites comparaisons !

Modèle québécois 59 Commentaires »

Cela semble inévitable. Chaque fois que j’écris sur les malheurs des Américains ou des Ontariens, j’ai droit aux mêmes chansons. Celle qui parle du paradis québécois et celle de l’enfer québécois. Les deux chansons me tapent sur les nerfs !

Le PIB par habitant du Québec le place aux derniers rangs en Amérique du Nord. C’est un fait. Le PIB par habitant est trois fois plus élevé à Boston qu’à Montréal, qui occupe la dernière place parmi toutes les grandes villes nord-américaines. Cela est aussi un fait.

Le PIB par habitant est-il la mesure ultime pour mesurer le bien-être de la population ? Non, mais cela donne une bonne idée de la richesse produite. La croissance de la productivité des entreprises est également moindre au Québec et le nombre d’heures travaillées est inférieur aux moyennes canadienne et américaine.

Par contre, les écarts de salaires sont moindre ici qu’ailleurs, le niveau de la vie est moins élevé, les maisons sont moins chères, les tarifs d’électricité sont à prix d’aubaine et les prestations et services gouvernementaux sont plus nombreux et généreux. Résultat : le revenu disponible réel des Québécois est comparable à celui des autres Nord Américains et nos pauvres vivent mieux. C’est également un fait.

On peut argumenter que ces prestations et services coûtent chers et que le Québec est lourdement endetté. Nous vivons bien, mais à crédit. Ce n’est pas une singularité. Généralement, les États qui offrent beaucoup de services à leurs citoyens sont plus endettés alors que ce sont les citoyens qui sont plus endettés dans des pays où l’État intervient peu. Les États-Unis constituent le plus bel exemple.

On peut aussi faire valoir que l’actif des Québécois est moindre que celui de ses voisins. Par exemple, nous chérissons nos maisons achetées (relativement) bon marché, mais ce serait une catastrophe s’il fallait être transféré à Vancouver où les résidences valent de trois à quatre fois plus. À l’inverse, un ménage de Colombie-Britannique qui vend sa maison devient instantanément millionnaire s’il a la bonne idée de s’établir au Québec.

En résumé, on pourrait presque dire que le Québec est plus pauvre, mais que les Québécois vivent mieux. Tant qu’ils demeurent au Québec… et tant que les taux d’intérêt restent bas et ne mettent pas la province dans une situation financière intenable.

Les mauvaises nouvelles sont contagieuses

Économie 25 Commentaires »

On se demande depuis des mois si le Canada pourrait résister à une éventuelle récession aux États-Unis. Nous avons maintenant la réponse et c’est non. Les secousses telluriques qui ébranlent l’économie américaine ne s’arrêtent pas aux postes frontières et elles ont de multiples impacts au Canada et au Québec.

  1. La Banque du Canada a revu à la baisse ses prévisions pour 2008. La croissance économique ne devrait pas dépasser 1 % cette année. Compte tenu du dynamisme des provinces de l’ouest, on peut déduire que la croissance sera négative en Ontario et au Québec.
  2. La Banque centrale prévoit aussi un retour en force de l’inflation qui dépasserait les 4 % au cours des premiers mois de 2009.
  3. La contagion est rapide. On doute de la solvabilité de certaines banques américaines, mais les institutions financières de partout dans le monde sont malmenées sur les marchés. La valeur boursière des institutions canadiennes est en baisse de 18 % depuis le début de l’année et tout indique que le recul n’est pas terminé.
  4. Des banques affaiblies prêtent moins et à des conditions plus restrictives. Cela a un impact très négatif sur plusieurs entreprises et conséquemment sur l’emploi.
  5. Cette conjoncture relance le débat sur les fusions bancaires. Le gouvernement fédéral acceptera-t-il d’autoriser la consolidation des institutions, prétextant que certaines banques, comme la CIBC, pourraient être menacées par la crise actuelle?
  6. Les consommateurs américains sont fauchés et achèteront moins de biens de consommation importés du Canada ou d’ailleurs. 4 millions de ménages américains auront perdu leur maison d’ici la fin de l’année et 10 millions d’autres se retrouvent avec un prêt hypothécaire plus important que la valeur de leur résidence.
  7. On l’a vu hier, le dollar canadien tend à profiter de la crise américaine. Jusqu’où ira le huard si le billet vert continue de s’effondrer?
  8. On ne s’attend pas à une telle crise immobilière au Canada car le marché est plus sain. Il n’empêche que le prix moyen des maisons vendues en juin a baissé au pays de 0,4 %. C’est la première baisse depuis 10 ans.
  9. La création d’emplois est faible au Québec depuis le début de l’année. L’effet combiné du prix élevé de l’énergie, du resserrement du crédit, de la force du dollar canadien et du piétinement des ventes au détail aux États-Unis et en Ontario (GM lutte pour sa survie et marasme total dans l’industrie automobile) vont rendre les conditions difficiles pour les entreprises québécoises.

Wanted : touristes américains

Général 44 Commentaires »

La Presse titre ce matin : « Montréal perd la cote », car on prévoit qu’il y aura cet été 50 000 visiteurs américains de moins dans la métropole. La baisse de la fréquentation touristique a peu de choses à voir avec les efforts de Montréal ni aux atouts de la ville. Elle s’explique davantage par l’appauvrissement de la classe moyenne américaine.

Ce matin, le dollar canadien vient de dépasser le billet vert, qui est en recul face à l’ensemble des devises. Par ailleurs, Wall Street s’attend à plusieurs faillites bancaires et les deux institutions responsables de la confiance et de la stabilité du système financier, Fannie Mae et Freddie Mac sont plombées par des crédits immobiliers totalisant 5 200 milliards de dollars et des pertes cumulées de 77 milliards de dollars.

La crise immobilière perdure alors que les ventes de maisons anciennes et neuves sont toujours en recul et que le prix médian des maisons devrait encore baisser de 6,2 % cette année. Depuis le début de la crise, les ménages américains ont perdu en moyenne un actif de 25 000 dollars.

On prévoit que 2,5 millions de maisons seront saisies en 2008, c’est plus qu’en 2007 (1,5 million). Cela fait donc 4 millions de ménages sur le carreau, sans compter tous ceux qui sont fragilisés par la crise actuelle. La dette des ménages par rapport au revenu disponible est de 184,8 % aux États-Unis, contre 131,1% au Canada.

Il y avait en juin 1,5 million de plus de chômeurs qu’en juin 2007. Pour couronner le tout, le prix de l’essence a doublé depuis un an et le taux d’inflation dépasse les 4 %. Tous ces facteurs contribuent à diminuer dramatiquement les dépenses discrétionnaires des consommateurs. Les ventes d’autos sont d’ailleurs à leur plus faible niveau en 10 ans.

Les Américains sont fauchés, le marché boursier est tumultueux, le dollar américain est malmené, le prix de l’essence est élevé et il est plus difficile de voyager entre le deux pays à cause des formalités exigées par le gouvernement américain. Faut-il vraiment s’étonner qu’il y ait moins de touristes américains à Montréal ?

C-Parti !

Entreprises 41 Commentaires »

C’est officiel, Bombardier va produire sa nouvelle famille d’avions, la CSeries. 3 500 emplois de qualité seront créés, la région de Montréal demeurera un pôle d’excellence de l’industrie aéronautique et fabriquera l’un des avions les plus sophistiqués au monde. Voilà une très bonne nouvelle.

Les nouveaux appareils utiliseront 20 % de moins de carburant, ils émettront 20 % de moins de CO2 et les coûts d’exploitation seront moindres (-15%). C’est néanmoins un pari audacieux et risqué, malgré l’aide des gouvernements. Avec cet avion, Bombardier vient défier Airbus et Boeing sur leur propre terrain. Mais comme le Boeing 737 et le Airbus 320 font encore de bonnes affaires, les deux géants de l’aviation ne prévoient pas lancer un nouveau «monocouloir» d’ici la fin de la prochaine décennie.

Bombardier prend aussi une longueur d’avance face à Embraer, dont le nouveau EM190 offre tout au plus 114 places. Le nouveau C-130 de Bombardier pourra asseoir 149 passagers.

Bombardier a néanmoins raison d’être optimiste. Le 737 et le A-320 sont les deux avions de ligne les plus vendus de l’histoire de l’aviation. Il y a donc un marché énorme pour un avion de petite taille transportant entre 100 et 200 passagers. Le 737 a été lancé en 1968, il y a maintenant 40 ans. Plusieurs compagnies aériennes songent à le remplacer par un appareil plus moderne et plus économique.

D’ailleurs, le premier client de la SerieC, Lufthansa, a été la première ligne aérienne à exploiter le 737. Autre coïncidence, Lufthansa a l’intention d’acheter 30 CSeries et a pris une option pour 30 autres appareils, alors qu’elle exploite justement 60 Boeing 737 vieillissants.

Si d’autres compagnies aériennes font le même raisonnement que Lufthansa, ce sera une mine d’or pour Bombardier. La compagnie québécoise évalue qu’il y a un marché pour 6 300 avions de ce type d’ici 20 ans. Bombardier aimerait accaparer 50 % du marché, ce qui représente des recettes de 147 milliards de dollars.

147 milliards de dollars (cela vaut la peine d’être répété!). Le prêt de 118 millions de dollars du gouvernement du Québec paraît presque dérisoire face à cette somme et son remboursement ne devrait pas poser problème.

Je pense qu’il a néanmoins des risques. Les compagnies aériennes seront intéressées par ces appareils plus économes, mais elles sont très fragilisées ces jours-ci par le prix élevé du carburant. Auront-elles les moyens d’acheter aujourd’hui ce qui leur permettra d’économiser du kérosène demain ?

Des chiffres trompeurs

Général 32 Commentaires »

Le taux de chômage a baissé de 0, 3 % au Québec en juin pour atteindre 7,2 %. Le taux de chômage a augmenté de 0,3 % en Ontario en juin pour atteindre 6,7 %. Faut-il conclure pour autant que l’économie du Québec va mieux que celle de la province voisine ? Bien au contraire !

Le taux de chômage baisse au Québec parce qu’il y a moins de personnes actives sur le marché du travail. Depuis un an, l’économie du Québec n’a créé que 20 900 emplois, ce qui correspond à 7,2 % des nouveaux emplois créés au Canada. C’est misérable. L’économie du Québec ne bouge pas, malgré les milliards dépensés dans les travaux d’infrastructures et les constructions de barrages et d’éoliennes et malgré l’argent supplémentaire disponible dans les poches des consommateurs en raison de la baisse des taxes et impôts.

Certains d’entre vous ont un malin plaisir à s’acharner contre l’Ontario qui ne serait plus ce qu’elle était et qui souffrirait épouvantablement de la crise qui secoue l’industrie automobile. Tout cela est vrai, mais la province voisine a tout de même créé CINQ fois plus de jobs que le Québec depuis juin 2007 et presque six fois plus d’emploi à temps plein.

L’Institut Fraser contre les festivals

Entreprises 100 Commentaires »

Je ne m’en cache pas, je suis jaloux de Québec. Je trouve la ville plus belle que jamais et je suis impressionné par la qualité des infrastructures publiques et par la justesse des décisions prises au fil des ans en matière d’urbanisme. C’est maintenant au tour de Montréal. Je pense que le Quartier des spectacles est un magnifique projet qui contribuera à embellir la métropole du Québec et à confirmer sa vocation de ville des festivals. Il faut ramener le facteur WOW à Montréal

Jean-François Minardi, de l’Institut Fraser, réclame aujourd’hui dans la La Presse l’abolition des subventions au Festival de jazz, aux Francofolies et au Festival Juste pour rire. Certains dérapages, survenus il y a quelques années lors d’autres événements, justifient selon lui l’arrêt des subventions. Son point de vue est tout simple, «si la demande en biens culturels existe, le secteur privé financera les festivals tout simplement parce que c’est rentable, peu importe la taille de l’événement».

Oui, l’entreprise privée investit des millions de dollars en commandites dans les grands festivals. Cet argent, avec celui obtenu par la vente des billets, permet aux organisateurs d’offrir une qualité et une quantité de spectacles payants qui ne pourraient probablement pas avoir lieu hors des festivals et sans les commandites. L’entreprise privée joue un rôle essentiel et nous remercions chaque été les lois du marché pour une offre culturelle aussi abondante et variée.

L’argent public sert essentiellement à payer les centaines - sinon les milliers - de spectacles gratuits. Ce volet populaire, festif, accessible et original distingue les festivals montréalais. La ville est magique en juillet. L’indice de bonheur collectif est à summum et il n’y a pas de meilleure carte de visites pour attirer les touristes.

Or, pour ce volet, les lois du marché ont besoin d’un coup de pouce. Les trois festivals en question investissent des millions de dollars dans des spectacles qui ne rapportent rien. Déjà, les lois de l’économie en prennent pour leur rhume.

L’entreprise privée peut-elle investir davantage et compenser entièrement l’apport en fonds publics ? L’expérience est tentée chaque année depuis plus de 25 ans par deux des entrepreneurs les plus futés et les plus débrouillards du Québec, Gilbert Rozon et Alain Simard. La réponse est NON.

Le point de vue plutôt court et mal avisé de l’Institut Fraser signifierait la mort des événements les plus populaires et les plus caractéristiques de Montréal. Les lois de l’économie seraient très malheureuses.

La téléphonie mobile est-elle trop chère ?

Entreprises 39 Commentaires »

Bell et Telus proposent de facturer des frais de 15 cents pour tous les messages textes  (SMS) que vous recevrez sur votre téléphone mobile. Le iPhone fera une entrée plus controversée que prévu au Canada vendredi parce que plusieurs clients jugent déraisonnables les tarifs proposés par Rogers. La question se pose : les compagnies téléphoniques exagèrent-elles ? Peut-être, mais ce n’est pas si simple que ça.

Nous assistons avec iPhone au mariage des deux technologies qui ont marqué les 20 dernières années : la téléphonie portable et Internet. Dès 2012, on pourra parler d’un mariage à trois avec la télévision qui devrait être accessible sur les réseaux G-3.

Le flirt avait commencé il y a quelques années grâce à une merveilleuse invention canadienne, le BlackBerry. Autrefois destinés aux seuls gens d’affaires, les téléphones dits intelligents font aujourd’hui d’étonnantes percées chez tous les usagers. Plus malins que les ordinateurs offerts il y a 10 ans, ils servent à  la fois de caméra, d’agenda, de lecteur MP3, d’ordinateur de poche… et de téléphone.

Première constatation : ces faux téléphones et vrais ordinateurs coûtent chers. Le modèle économique qui prévaut dans l’industrie (et dans plusieurs secteurs) veut que l’on subventionne l’achat de l’appareil pour le rendre plus disponible et qu’on se rattrape avec les frais de services exigés mensuellement. C’est ce qui arrive avec le iPhone.

Deuxième constatation : il m’apparaît normal qu’on paie plus cher pour obtenir un service pour… ordinateur que pour le seul service téléphonique. Les téléphones «intelligents» grugent passablement de bande passante. Cette bande passante a un prix et il suffit de payer sa facture à son fournisseur Internet pour s’en rendre compte. Il m’apparaît aussi normal a priori que cela coûte plus cher quand on parle d’un accès rapide via un réseau sans fil. J’imagine également que 10,1 milliards de messages textes (textos ou SMS) par an au Canada accaparent beaucoup d’espace et je peux comprendre que les fournisseurs tiennent à ce que les usagers compulsifs paient davantage pour financer la robustesse de leurs réseaux.

Troisième constatation : c’est plus cher au Canada qu’ailleurs. Pour 5 dollars de plus, le forfait de AT&T aux États-Unis pour le iPhone accorde un accès illimité à Internet et trois fois plus de minutes de conversation que le forfait de Rogers qui limite les téléchargements à 400 MB.

Quatrième constatation : il y a néanmoins une concurrence entre les compagnies. Vous trouvez les tarifs associés au iPhone trop chers ? Bell offre un accès illimité au Web pour aussi peu que 10 dollars de plus par mois avec un nouvel appareil qui sera disponible en août (Instinct, fabriqué par Samsung).

Cinquième constatation : le taux de pénétration du téléphone mobile au Canada est l’un des plus faible des pays industrialisés (autour de 60 %). Est-ce à cause des tarifs trop élevés exigés par les fournisseurs ? Est-ce à cause de la concurrence entre deux normes techniques (GSM et CDMA), concurrence qui n’existe à peu près nulle part ailleurs ? Est-ce à cause de l’étendue du territoire et du coût colossal de le desservir entièrement ?  Est-ce parce qu’il y a moins de concurrence entre les fournisseurs ? Toutes ces réponses sont probablement bonnes, à des degrés divers.

Ma conclusion : c’est probablement trop cher au Canada et cela constitue un frein à la propagation du sans fil et des téléphones intelligents. La venue de nouveaux joueurs d’ici quelques années devrait favoriser les consommateurs. Mais il faut se méfier des comparaisons entre le Canada et les États-Unis. Nous n’avons tout simplement pas la même densité de population ni les mêmes économies de marché.