Question d’OGM

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Mercredi dernier, alors que le projet de loi privé C-517*, dont le but était de rendre obligatoire l’étiquetage des OGM au Canada, était rejeté par nos parlementaires à 156 voix contre 101, les OGM faisaient la Une dans la presse belge pour une question d’étiquetage.

La coïncidence est intéressante et mérite d’être discutée. Sur la question de l’étiquetage, l’Union Européenne, et de ce fait, la Belgique, on déjà fait le pas que refuse de faire le Canada. La Belgique se demande s’il faut faire un pas de plus.

Dans son édition de mercredi, le quotidien Le Soir titrait : «Le bétail belge est gavé aux OGM» et se demandait s’il fallait imposer l’étiquetage de la viande obtenue de ce bétail. Le problème relevé est le suivant : En Belgique, la quasi-totalité du soja contenu dans les aliments, que ce soit pour notre consommation ou celle des animaux, est transgénique. Ainsi, le bétail belge est gavé de soja transgénique.

Et si l’Union européenne oblige, depuis 2003, ses États membres à étiqueter tous les OGM ou produits contenant des OGM (mesure que le Canada vient tout juste de rejeter), elle exclut toutefois l’obligation d’étiqueter la viande, le lait ou les œufs obtenus à partir d’animaux nourris avec des OGM. Mais si la législation européenne n’impose pas cet étiquetage, les États membres ont quant à eux la possibilité de légiférer en ce sens, ce qu’a fait l’Allemagne, où l’on pourra trouver sur un paquet de viande la mention «animal nourrit sans OGM». Certains politiciens belges, devant le problème du bétail aujourd’hui révélé, voudraient suivre l’exemple de l’Allemagne.

L’Europe et la Belgique sont craintives face aux OGM. Résultat, on en discute et la question se trouve souvent débattue dans la presse. Plus tôt cette semaine, Le Soir faisait état d’un essai en plein air de peupliers OGM dont le bois serait rendu moins rigide par une modification génétique, pour produire du biocarburant à plus faible coût. Certains politiciens et organismes s’opposent à l’expérimentation qu’ils estiment dangereuse.

De plus, le ministre belge de l’Énergie et du Développement durable vient tout juste d’initier le «printemps de l’environnement», vaste processus de consultation publique, pendant lequel sera débattue la position belge sur les OGM.

La comparaison entre le Canada et la Belgique sur cette question atteste de la divergence de mentalités. La Belgique parle OGM pendant qu’à Ottawa, nos débutés ont clos le débat.

*Déposé par un député du Bloc québécois, le projet de loi a été débattu le 3 avril dernier et a été rejeté le 7 mai dernier.

Vais-je m’ennuyer de… la cathédrale de Southwark?

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Avec le retour au pays qui approche, je me surprends parfois à me demander: vais-je m’ennuyer de…? Des fois, je regarde une ruelle, un parc ou un édifice en me demandant s’il s’agit de ma dernière rencontre avec ce dernier.

** La cathédrale de Southwark **

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La cathédrale de Southwark, pour moi, c’est avant tout un lieu de rendez-vous commode, situé juste à côté du pont de Londres, de la gare du même nom («London Bridge») et du plus gros marché public de la ville (le «Borough Market» (1)). Le parc de la cathédrale, en particulier, fournit un excellent point de rassemblement: à la fois facile à trouver et suffisamment petit pour aisément « rapailler » la bande une fois tout le monde arrivé (contrairement à ces énormes gares londoniennes où trouver ses amis dans la foule représente un défi de taille).

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En plus, c’est facile d’accès pour mes amis qui habitent le sud-est de la ville et font le voyage en train, soit à partir de Blackheath: un très joli quartier de l’autre côté du parc de Greenwhich (et de l’observatoire du même nom) et qui a su garder des allures de village; ou alors à partir de Lewisham: un quartier, euh… moins joli.

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Moi, j’y accède en autobus, soit directement, soit via le pont de Waterloo et une sympathique promenade le long de la Tamise. Si j’arrive à l’avance, je m’assois dans le parc et j’attends, détendu. Et le dimanche, pour ajouter à la détente, il y a de la musique pour orgue qui s’échappe de la cathédrale, un peu comme si elle percolait à travers les vitraux.

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Mais n’allez pas vous imaginer que c’est un coin tranquille! La cathédrale est une parcelle de Moyen âge encastrée dans la modernité, blottie contre un des ponts les plus passants de la ville, coincée entre la voie ferrée et la Tamise. Et son parc est un véritable tableau de voix urbaines (2), envahi par la foule, baignant dans les odeurs qui émanent du marché, picossé constamment par les klaxons et les bruits de train. Sans compter qu’il faut partager le parc avec des quêteux de toutes sortes. Dimanche dernier, un itinérant est venu me demander de surveiller ses affaires pendant qu’il courait au dépanneur. C’est drôle, il a patiemment attendu que le clocher de la cathédrale ait sonné ses douze coups. Comme quoi, même dans le monde de la rue, certains pensent que c’est tabou de boire avant midi. À la vôtre!

== Notes ==

(1) Selon Wikipedia, le marché apparaît dans les films suivants: Le journal de Bridget Jones (2001), Arnaques, crimes et botanique (Lock,
Stock and Two Smoking Barrels
) (1998) et Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (2004)… hé bien, il y en a pour tous les goûts.

(2) Ce «tableau de voix urbaines» est le titre d’une chanson de mon ami Julien Bourbeau, que je salue et qui, je l’espère, me pardonnera de donner dans l’intertexte (aussi connu sous le nom de plagiat).

Sous les ponts de Paris

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Je rentre tout juste de Paris, où j’ai passé quelques jours avec Amélie et Victor avant qu’ils ne prennent l’avion pour Québec.

Ce furent quatre journées magnifiques. Paris nous a dévoilé toute sa splendeur sous un soleil brûlant. Mais quatre jours, c’est très peu pour visiter cette ville-musée, pétrie d’une formidable histoire, celle d’une monarchie au faste incomparable, celle d’une construction nationale grandiose et douloureuse qui a fait nombre de symboles et héros, celle d’un empire et de son empereur insatiable, celle d’un siècle de pensées lumineuses qui a ouvert à l’homme le chemin vers l’homme, celle de tous ces artistes qui se sont nourris de Paris, celle…

Par contre, quatre jours, c’est suffisant pour voir qu’aujourd’hui, bien qu’elle soit riche d’histoire et de grands hommes, Paris demeure pauvre. Si la crypte du Panthéon où reposent les Rousseau, Voltaire, Zola, Hugo et Jaurès nourrit l’imaginaire d’un jeune journaliste, elle n’a aucun intérêt pour le ventre vide du sans-abri.

Le torrent de touristes qui a submergé Paris pendant ce long week-end a peut-être rendu moins visible cette pauvreté dont je vous parle. Lorsque les terrasses, rues et parcs sont bondés de vacanciers souriants et que triomphe les lunettes de soleil et l’appareil photo numérique, la misère frappe moins l’œil ébloui. Il faut regarder ailleurs, dans le métro et sous les ponts.

Promenade en bateau sur la Seine (c’est la meilleure façon d’avoir une vue d’ensemble du centre historique de Paris). La guide commente les chef-d’œuvres architecturaux qui s’offrent à notre vue :

- Voici le pont de…construit en…pour commémorer…

Tous les passagers lèvent les yeux pour voir le pont et s’émerveillent. Mais la guide aurait aussi pu dire :

- Voyez, sous ce pont, un sans-abri est train de mourir. Un ambulancier lui fait présentement un massage cardiaque.

Et oui, j’ai regardé quelqu’un mourir. Une mort ignorée, rendue invisible par mille beautés. J’ai vu cette autre réalité de Paris, plus sombre, celle qui existe sous les ponts, où se réfugient nombre d’itinérants. Il faut toujours regarder sous les ponts…

La mort du compositeur? (épisode 1: Cette bonne vieille intelligence artificielle)

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Les machines sont en train de remplacer (voire ont déjà remplacé) les caissiers, les réceptionnistes, les emplois manufacturiers, les typographes d’antan, les bibliothécaires, les champions d’échec, sans compter (mais ça personne ne semble vouloir s’en plaindre) ces femmes qui s’entassaient dans des pièces mal aérées pendant la guerre afin de calculer à la mitaine les paramètres balistiques à utiliser sur le terrain (c’est d’ailleurs de ce poste que vient le terme «computer»: littéralement, «celle/celui qui calcule»).

Mais jamais («au grand jamais», je vous entends dire), une machine ne pourrait remplacer un compositeur, une illustratrice, un écrivain, l’éditrice de ce site, un peintre, une chercheure ou un comptable du ministère des finances (à ce qu’il paraît, depuis la loi sur le déficit zéro, il faut être très créatif).

En êtes-vous sûr?

Pourquoi?

Afin d’en discuter, je vous présente deux exemples de machines qui composent de la musique.  Le premier exemple, présenté cette semaine, est plus vieux et illustre bien l’IA (intelligence artificielle) dite «traditionelle». Le second, que je vous réserve pour la semaine prochaine, est tout frais publié et illustre bien l’IA nouvelle.

CeBoVIA: Cette Bonne Vieille IA

Typiquement, un programme CeBoVIA (en anglais GOFAI: «Good Old Fashion AI») utilise un ensemble de règles patiemment conçues et programmées par un expert.  Équipés de ces règles, le programme tente de simuler le comportement d’un humain travaillant sur une tâche complexe.

Le compositeur David Cope a créé plusieurs programmes CeBoVIA qui composent de la musique dans le style de Chopin, Bach ou encore de Scot Joplin. Vous pouvez écouter certaines de ces compositions ici.

Voici, si j’ai bien compris, comment ça fonctionne.  D’abord, le programme reçoit en entrée deux pièces du compositeur à imiter.  Ensuite, le programme cherche à isoler, selon un ensemble de règles préprogrammées, des fragments de mélodie représentatifs des deux pièces (et donc du style visé).  Par exemple, une règle pourrait être que le fragment doit être présent dans les deux pièces, mais aussi doit être répété à l’intérieur de chaque pièce (avec telle ou telle modification prévue par les règles).

Ensuite, ces fragments de mélodies sont recombinés pour produire de nouvelles mélodies.  Puis, ces mélodies sont organisées en phrases, puis en passages, puis en sections, etc. selon des règles dites grammaticales.  Par exemple, la grammaire pourrait stipuler que si A et B sont des mélodies, alors AABA et BB sont aussi des mélodies (ces règles ont la propriété de s’appliquer aussi bien aux fragments de mélodies initiales qu’aux mélodies recomposées, ce qui permet de créer des mélodies de longueur arbitraire). Pour ajouter de la variété, le programme peut aussi créer des variations.  Par exemple, si les dernières notes de la mélodie A «descendent», la variation A’ pourrait être identique à A sauf avec ces mêmes dernières notes qui «montent».  Une approche grammaticale permet de créer de longue mélodies sans «s’éparpiller», c’est-à-dire, des mélodies qui possèdent suffisamment de régularités pour pouvoir être appréciées par l’auditeur (comme l’a énoncé si succinctement le musicologue Heinrich Schenker: «les répétitions sont le fondement de la musique comme forme d’art» (1,2)).

Finalement, une fois la mélodie «principale» créée, le programme utilise un autre ensemble de règles pour générer un accompagnement. Et le tour est joué!

Qu’en pensez-vous?

Vous êtes peut-être en train de vous dire: «Mais c’est nul, la machine ne fait qu’appliquer un ensemble de règles prédéfinies, sans créativité.  En plus, elle ne fait que remâcher du matériel mélodique directement ‘volé’ de compositions existantes! Pfff…»

Et si la machine utilisait non pas deux exemples, mais 10 000, accumulant et compilant ainsi, comme l’humain, une énorme quantité d’expériences musicales?  Et si elle utilisait ces «expériences» pour définir de nouvelles règles à appliquer? Serait-ce si différent de ce que vous faites quand vous dessinez, composez, écrivez?  N’êtes-vous pas vous aussi en train d’utiliser des règles (implicites) que vous vous êtes créé avec le temps, en apprenant, avec l’expérience?

La suite la semaine prochaine dans l’épisode 2: La machine qui apprend.

== Notes ==

(1) À la page 5 de “Harmony”, University of Chigago Press (1954).
Traduction personelle.

(2) Si vous pensez que Schenker exagère, je vous invite fortement à écouter un brin de musique «moins répétitive», par exemple cette sonate pour piano de Pierre Boulez.

(*) Pour ceux que ça intéresse, il y a aussi des programmes CeBoVIA pour créer des illustrations, dont celui-ci: une illustration «nouvelle» à chaque renouvellement de la page.

Passage en Flandre

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Voilà, je suis passé chez les Flamands. Et je me suis trouvé ailleurs. Oui, vraiment. C’est un peu comme si le Québec et l’Alberta étaient voisins. Comme si nous avions un pays formé de ces deux seules provinces que tout oppose.

«La Flandre est riche et la Wallonie est pauvre», je lis et l’entends couramment. Et bien c’est peut-être assez vrai pour que l’on discerne quelques différences. Ne serait-ce qu’en étant attentif à l’état des gares de train. Il faut voir la gare de Louvain en Flandre. Une gare du 21e siècle, moderne, fonctionnelle, équipée, qui fait briller de désuétude la gare d’Ottignies, par où transitent tous les trains qui circulent en Brabant Wallon. Elles sont pourtant si près l’une de l’autre…Mais elles n’appartiennent pas au même monde. Comme si Calgary voisinait Montréal.

Les différences sont aussi culturelles, traditionnelles, ancrées dans l’histoire de ces peuples, dans le legs de leur passé, comme la langue et l’architecture. Elles expliquent la Belgique moderne, Belgique venue au monde d’un mariage improbable.

C’est ce que m’a dit la magnifique ville de Bruges. Un chef-d’œuvre d’architecture flamande, caractérisée par ces maisons de briques étroites aux toitures en escalier. Une ville construite sur l’eau, sillonnée de canaux, comme Amsterdam. Il faut voir cette cathédrale dont les murs plongent dans les eaux noires.

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Mais Bruges est une ville hautement touristique et son centre me fait grandement penser au Vieux-Québec, que les habitants ont tranquillement délaissé. À Québec, la ville fortifiée s’est vue dépossédée de son urbanité, c’est-à-dire qu’elle n’est plus un lieu qu’occupe une population urbaine. Non-lieu de la vie citoyenne, elle est devenue lieu d’intense tourisme, «lieu-produit».

À Bruges, entouré de calèches et pris dans le vortex des groupes de vacanciers suivant leur guide identifié d’un numéro, je me suis demandé si ce lieu de beauté appartenait toujours à sa population, si le cœur de la population brugeoise y battait toujours…

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Partir en guerre

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Il me reste quatre mois de travail à Londres. Je les ai décortiqués en deux phases de 8 semaines. À la fin de la première phase, je dois avoir tous les résultats que je vais présenter dans la thèse. À la fin de la deuxième phase, je dois avoir un brouillon de la thèse. Ce brouillon doit être approuvé. S’il ne l’est pas, je ne pourrai transférer en mode «rédaction» et je devrai payer des frais de scolarité de £11,350 (soit environ 23 000$ canadiens), une somme que je n’ai pas et que je ne peux
pas me procurer (légalement). Sans compter que le retour à Montréal sera perturbé si jamais j’échoue.

Non, vraiment, il n’y a qu’une seule option: tout doit bien se passer. Il n’y a pas de place à l’erreur.

Alors je pars en guerre.

C’est une guerre contre le temps et c’est une guerre contre moi. Le moi qui angoisse, qui hésite, qui n’arrive pas à écrire. Le moi qui patauge, qui piétine. Le moi qui ne veut pas ou ne sait pas s’organiser. Le moi qui branle dans le manche. Le moi qui regarde la page blanche toute la journée en se demandant quelle est la meilleure façon de commencer. Le moi qui attend la dernière heure avant d’ouvrir la machine. Le moi flou avec des idées floues. Le moi barbu, le moi hirsute, le moi ébouriffé.

Poil

J’ai tué ce moi d’un coup de tondeuse. Je me suis enrôlé comme fantassin dans le régiment des doctorants: ♪♪Moi je l’sais pas mais on m’a dit! Qu’le chapitre trois est pas fini! Un, deux, trois, quatre! Mon état d’l'art est dur à battre!♪♪ «Ouha!»

soldat

Je suis maintenant un soldat sur le grand champ de bataille des idées. Je suis un samouraï de la recherche. Comme l’aigle, j’ai ciblé ma proie au milieu de la volée et je fonce sur elle en ignorant les autres. Je ne ferai pas de quartier. Je ne ferai pas de cadeau. Mes coups auront l’acuité du laser et seront vifs. Je pars à l’abordage, la plume entre les dents, de chacun des chapitres de la thèse. Le premier jour, j’occis l’angoisse. Le deuxième, je terrasse l’hésitation. L’ennemi peut bien trembler, supplier, chercher à parlementer, demander une trève. Rien n’y fera. Je vaincrai. J’anéantirai. J’annihilerai.

M’enfin. On peut bien fabuler. Et puis je suis maintenant prêt pour l’été, dont on a eu un bel avant goût samedi dernier.

Remerciements

Merci à Andrew Wells-Oberegger et à La Balconade dont la chanson «Tu t’plains-tu?» me trottait dans la tête en rédigeant cette chronique: «Mon vrai moi fait la guerre. Il sait comment la faire».

Réforme de l’éducation

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Dans les pages du quotidien belge Le Soir, paraissait cette semaine un grand dossier sur le modèle scolaire finlandais. C’est que la Belgique jongle avec l’idée d’une réforme de l’éducation et cherche un modèle à suivre, un modèle gagnant. Normal, donc, qu’elle s’intéresse à la réussite des écoliers finlandais (ils arrivent premier aux tests Pisa*).

Réforme de l’éducation…Ça vous dit quelque chose ?

Grande question posée par les journalistes du Soir : «La Finlande est-elle le pays de l’école miraculeuse ?». Mais de quelle école parte-t-on ? Sur quoi s’appuie ce système qui produit de si brillants élèves ? Notamment sur l’impossibilité de redoubler, sur l’absence de note chiffrées et sur une méthode d’enseignement qui favorise l’acquisition de compétences plutôt que de connaissances…

Ne sont-ce pas là les grandes lignes de la réforme Marois ? Revues et corrigées par la ministre Michelle Courchesne ?

L’éditorialiste du Soir écrivait ceci : «Comment ne pas saliver à l’égard d’un modèle qui fait baisser le stress des élèves et des professeurs et évite l’écueil de notre école, qui passe son temps à évaluer ? Mais ne soyons pas myopes : sans les moyens financiers que suppose une si lourde mutation, la plupart des recettes finlandaises prendraient des années à être appliquées chez nous».

Oui, il faudra des années et j’ajouterais le conseil suivant : Ne soyez pas myopes, étirez le cou et regardez par-delà l’Atlantique. Vous y verrez le Québec et sa réforme, laquelle reposait sur les principes qui participent du miracle finlandais. Mais la tâche a été ardue, meurtrissante et le miracle n’a pas eu lieu. Il aura fallu des années pour faire, puis nous avons défait. Nous sommes revenus au bulletin chiffré, au redoublement et, pour l’enseignement du français, avons réhabilité les «bonnes vieilles méthodes d’apprentissage de connaissances».

Le Soir devrait publier un dossier sur les frasques de la Réforme scolaire au Québec, ses virages, ses allers-retours…La Belgique hésiterait peut-être à se lancer sur la voie finlandaise. Du moins, verrait-elle le monstre qu’elle devra dompter. Notre expérience démontre qu’il n’est pas aisé d’implanter un tel modèle et que l’entreprise peut être douloureuse, tortueuse…

Et je vous pose la question, pourquoi n’avons-nous pas pu suivre le chemin du miracle ?

* Enquête menée auprès de jeunes de quinze ans dans les trente pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

Le meilleur et le pire (épisode 2: le meilleur)

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Dans l’hebdomadaire The Observer, on retrouve une rubrique qui retrace la vie d’une personnalité publique. En bas de page, il y a un encadré qui résume sa biographie en quelques points. Deux catégories en particulier attirent toujours mon attention: « Best of Times » (le meilleur moment) et « Worst of Times » (le pire moment). J’ai pensé me livrer à l’exercice au sujet de mon expérience londonienne.

Cette semaine, je vous fais part d’un des meilleurs moments en Angleterre.

** Best of Times **

Il y a plusieurs bonnes choses qui se sont passées ces dernières années: des voyages (en Suisse, en Inde, en Grèce, en Écosse, à Barcelone, à Paris, à Budapest, un peu partout en Angleterre), mais aussi l’émergence de belles amitiés et le prolongement d’amitiés existantes (j’ai d’excellents amis au Québec que je suis très heureux de ne pas avoir perdu de vue) et certaines réussites professionnelles (e.g. avoir gagné le titre de «meilleur article» dans un colloque sur la musique et l’intelligence artificielle et avoir publié dans la revue Computer Music Journal).

Comme il me faut bien choisir, j’y vais pour mon voyage à Blackpool, un genre d’Atlantic City anglais, un lieu d’une clinquante étrangeté qu’on n’imaginerait pas exister en Europe (comme se sont exclamés à la fois, sans collusion, ma mère et mon collègue allemand).

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La ville de Blackpool ne figure certes pas au-dessus de la liste des villes qu’il faut voir en Angleterre (je répète: si vous êtes chez les Anglais et que voulez voir la mer, allez plutôt à Brighton). Mais Blackpool, comme Las Vegas, est une ville du vice. Pas que j’avais tant de vices à assouvir (allô maman), mais on trouve dans ce genre de ville une atmosphère de détente (ou de débauche, tout dépendant de votre flexibilité morale) qui convenait bien à mon objectif: oublier le travail le plus rapidement possible. Et croiser dans un pub des gens qui font la fête en costume d’ours en peluche est très efficace pour vous sortir de votre bulle.

C’était il y a un mois. Mon directeur et moi venions de soumettre un article à la plus grande conférence de musique-informatique. Cet article, en espérant qu’il soit accepté, devrait dissiper les doutes quant à la valeur de mon projet de recherche. Du coup, je me suis senti beaucoup plus détendu. D’autant plus que le contenu de la thèse commence à prendre forme. Ce voyage, donc, était l’occasion de célébrer une étape importante du doctorat.

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Je me revois assis face à la mer d’Irlande, me chauffant la couenne au soleil lors d’une rare éclaircie (*), sans souci, détendu (contrairement à la mer qui, elle, était fâchée). Je me suis fais venir du service au chambre.
Machines à sous - Blackpool - Angleterre
J’ai joué dans les machines à sous (ci-haut), me procurant ainsi (de façon financièrement non-optimale) de jolis jouets de type “magasin à une piasse” (ci-bas).

Jolis jouets - blackpool - angleterre

J’en ai profité pour terminer Consciousness explained de Daniel Dennett (**). Je suis allé voir un spectacle de blues acoustique. Je me suis tapé quelques pintes de bonne bière anglaise: plate, tiède et amère. J’ai même pris la chance de me commander un steak et, surprise, il était bon (***).
steak - blackpool - angleterre

(*) Le reste du temps il a fait frette de chez frette.

(**) Que j’ai trouvé excellent et que je vous conseille chaudement si vous avez i) du temps devant vous, ii) le cerveau désengorgé (pas le genre de livre à lire après un grosse journée de travail) et iii) si vous êtes prêts à vous faire dire, en détail et en 450 pages, que vous n’avez pas d’âme.

(***) Le boeuf ici est généralement très mauvais.

== Épilogue ==

Deux jours après être rentré de Blackpool (qui se situe dans le Lancashire), notre groupe de recherche a reçu la visite du professeur M, de l’université de Lancaster (aussi dans le Lancashire), un des chercheurs les plus réputés en musique-informatique et l’éditeur de la revue Journal of New Music Research . En revenant du dîner, je lui lance un peu maladroitement: j’étais dans le Lancashire cette fin de semaine. «Ha oui, où?». À Blackpool. Et là il m’a regardé avec l’air d’un sommelier à qui on vient de commander un vinier®. Puis il m’a sourit et m’a dit gentiment, avec une ironie feutrée bien anglaise: «Vous savez, Mathieu, Blackpool n’est peut-être pas la ville qui représente le mieux le Lancashire». Ou l’Angleterre, d’ailleurs.

Les mangeurs d’asphalte

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Aussitôt qu’apparaît le soleil, ils sortent de leurs tanières, prêts à dévorer le plus de chemin possible. Leur nombre est impressionnant, ils sont multicolores et se tiennent en meutes… Ce sont les adeptes du vélo de route.

La Belgique est le pays du vélo. Les pages sportives des journaux sont consacrées presque uniquement au football (soccer) et, évidemment, au vélo. Le plat pays s’offre aux cyclistes qui l’envahissent dès que la nature fait montre d’un peu de clémence. Devant chez moi, ils défilent par dizaines, toute la journée durant. On se croirait presque en pleine compétition. Le sport est pris au sérieux, les vélos sont le plus souvent de magnifiques montures et leurs vêtements sont ceux de véritables coureurs.

Tout pour me donner envie de revêtir mon cuissard et d’enfourcher mon vélo pour me joindre au peloton. Disons que je suis aussi un adepte. Évidemment, vélo et cuissard sont au Québec et donc je ne peux que demeurer sur le trottoir et saluer ces hordes roulantes et colorées…

En plus d’avoir manqué l’hiver de tous les records (j’ai passé toutes les journées pluvieuses de février et mars à rêvasser de neige, de mes raquettes et de mes skis), je suis condamné à l’immobilisme dans le pays du grand Eddy Merckx (et je passe toutes les journées ensoleillées à rêvasser d’asphalte, de vitesse et de vent).

Docteur Folappart ou: comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer mon «flat»

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Le terme «flat» est l’expression consacrée pour parler de logement en Angleterre. De ce terme est dérivé «flatshare» (une colocation), «flatmate» (un/une coloc), «flat hunt» (se chercher désespérément un appart) et, on pourrait le croire du moins, «flat broke» (être cassé après avoir trouvé un appart).Avec les loyers les plus chers en Europe (50% de plus que Paris) et les deuxièmes plus chers au monde (après Tokyo), chercher un appartement à Londres est un véritable sport… ou un calvaire (dépendamment de vos dispositions et de votre budget).

Voilà pourquoi je me compte bien chanceux d’aimer mon «flat». Pas qu’il possède tant de qualités pour se faire aimer. En fait je lui trouve surtout des défauts. Mais aimer mon «flat» me permet de ne pas avoir à en chercher un autre. Et cet exercice de double pensée contribue grandement à préserver mon équilibre mental.

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Mon appart occupe la moitié du sous-sol d’une maison géorgienne (*). C’est humide, la cuisine est toute petite et je n’ai même pas de four.
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En plus, c’est mal insonorisé et il y a une porte qui relie ma moitié de sous-sol au reste de la maison (que l’on peut voir sur la première photo). Normalement cette porte reste fermée, bien sûr, mais il y a eu quelques ratés qui font que j’ai l’impression de loger chez ma proprio plutôt que d’être chez moi. Toute cette joie pour la rondelette somme de £780 par mois (soit environ 1600$ dollars canadien). Malgré tout, je me considère chanceux.
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J’aime beaucoup le quartier, Amwell, un village devenu banlieue devenu une enclave résidentielle à même le (nord-est du) centre ville. En plus, l’appart donne sur une jolie ruelle et est à distance de marche de l’université.
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Et puis, avec le temps, l’étudiant londonien que je suis devenu a appris à se passer de certains petits conforts que l’étudiant montréalais que j’étais prenait pour acquis: i) de l’espace, en particulier une chambre qui n’est pas à la fois le vestibule et le salon (quand c’est pas carrément aussi la cuisine); ii) des garde-robes; iii) un bain; iv) une sécheuse (je ne sais même pas si ça existe ici en dehors des lavoirs); v) des fenêtres qui ne laissent pas passer les courants d’air; vi) une salle de bain chauffée; vii) de l’eau chaude qui est chaude dès que le robinet est ouvert; viii) un frigo de taille normale; ix) un balcon; x) un lit double.

En définitive, je me console en me disant que j’ai vu pire. Le plus étrange, je pense l’avoir vu en visitant une colocation, aussi dans Amwell (au dernier étage de l’édifice rouge sur la photo ci-bas).

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Un bel appart, avec deux chambres assez grandes et vue sur la coupole de la cathédrale Saint Paul. Mais j’étais confus, vu qu’il n’y avait pas de salon et qu’on mentionnait qu’un troisième coloc était recherché. «C’est bien la chambre qui est à louer?». Oui oui. Alors, la proprio m’a montré un espèce de débarras, juste assez grand pour y coincer un lit de camp. En dessous du lit, il y avait trois ou quatre piles de livres aux titres indéchiffrables. Elle m’a dit que c’était un étudiant en philo qui dormait là. J’imagine que c’est ce qu’on appelle vivre dans le monde des idées…

== Notes ==

(*) L’architecture géorgienne avait cours entre 1720 et 1840, donc plus ou moins pendant le règne du roi George 1er. Il y a aussi le style édouardien (début du 20ième siècle) et, mieux connu, le style victorien (deuxième moitié du 19ième siècle). Ce dernier est le seul que je sais reconnaître, à cause de l’utilisation de «bow window» (oriel). Et puis, comme dans la chanson de The Kinks, Victoria est de loin ma préférée: ♪♪ Victoria, victoria, victoria, toria! ♪♪

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(**) Cette dernière photo du quartier montre l’édifice appelé « Centre Point ». Comme son nom l’indique, cet édifice pour le moins dépareillé se situe à peu près au milieu du centre ville. En plus, il indique la frontière imaginaire entre l’est de la ville et l’ouest de la ville. À moins que, bien sûr, ce soit moi qui s’entête à appliquer des concepts montréalais. Si j’étais de Québec, peut-être serais-je en train de chercher (en vain) une basse-ville et une haute-ville.