Les «réfugiés» du visa

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hong kong ville olympique
Hong Kong sera aussi l’hôte de quelques compétitions olympiques. Mais la ville se distingue de Pékin par sa façon plus détendue de gérer les événements.

Je n’avais jamais eu à «fuir» un pays auparavant et je ne croyais pas que ce genre de chose pourrait m’arriver un jour. Or, à la toute dernière minute, je me suis rendue compte que je ne serais pas capable d’obtenir de prolongation pour mon visa chinois. Donc, c’est en catastrophe que je suis arrivée à Hong Kong (une région administrative spéciale de la Chine qui gère elle-même l’immigration sur son territoire.)

Je croyais que l’histoire de ma traversée express de la Chine était incroyable, ou en tout cas, au moins un peu spéciale. Cependant, ici, c’est plutôt ordinaire comme mésaventure. À l’auberge de jeunesse où je réside, on est au moins trois à être à Hong Kong à cause de problèmes de visa. La réceptionniste nous taquine et nous appelle les «visa refugees».

Une gestion resserrée pour les JO

Ce mini exode vers Hong Kong a été provoquée par les nouvelles règles concernant les visas pendant la période olympique. En temps normal, Pékin accorde des visas touristiques de 90 jours. Alors, comme moi, plusieurs étudiants ont accepté des stages ou des petits boulots d’été en prévoyant résider au pays sous un visa touristique. Mais au printemps, Pékin a pris tout le monde par surprise en annonçant qu’à cause des Jeux, les visas des touristes n’excéderaient pas 30 jours cet été.
On peut toujours faire des demandes de prolongation. C’est ce que j’ai fait à la fin du mois de juin et j’ai obtenu 30 jours supplémentaires sans problème. Je croyais que ce serait facile d’obtenir la même chose pour le mois d’août. Et bien, non!
Pourtant, la Chine se défend de refuser les demandes de prolongation des visas des touristes. Mais pour que la requête soit acceptée, il faut fournir un dépôt de 3000 $ américains… dans un compte en banque chinois… non-retirable ailleurs que dans les guichets automatiques nationaux… en yuan. Tout cela juste pour 30 jours supplémentaires (!).

Heureusement pour moi, les Canadiens peuvent demander un nouveau visa à partir de Hong Kong. Ça me fait des vacances! Hong Kong est une ville que j’adore et je comprends les autorités chinoises d’être sur leurs gardes. Donc, je garde le moral pendant que mon dossier est à l’étude… Demain, je saurai si oui, ou non, je peux retourner en Chine continentale.

L’épreuve « olympique » du taxi

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Prendre un taxi à Pékin peut parfois être outrageusement compliqué. Gabriel, un lecteur à Pékin, m’a écrit : «Nous n’avons pu nous trouver un taxi qu’après au moins 15 tentatives. Soit ils ne voulaient pas mettre leur compteur (en nous chargeant bien sûr un prix exorbitant), soit ils ne voulaient tout simplement rien savoir de nous et refusaient de nous embarquer »! Il se demande comment les touristes occidentaux vont s’en sortir pendant les JO. Moi aussi…

Que se passera-t-il dans les prochaines semaines, quand des milliers de voyageurs débarqueront en même temps dans la capitale et essaieront d’emprunter les taxis? Ils seront confrontés en masse aux mêmes problèmes. Ça sent la galère à plein nez.

D’abord, plusieurs chauffeurs ne sont pas ouverts aux étrangers. La majorité est correcte, voire plutôt sympathique. Mais une fois sur cinq, je tombe sur un chauffeur qui refuse de m’embarquer ou qui ne fait aucun effort pour comprendre mes indications (pourtant, je parle mandarin habituellement de façon compréhensible).  Je me suis fait expulser de taxis à plusieurs reprises.

Je pense que c’est notamment parce que la tâche du chauffeur de taxi est interprétée de façon différente en Chine. Par exemple, quand je prends un taxi au Québec, si j’ai l’adresse de l’endroit où je veux me rendre, le chauffeur se débrouille pour le trouver.  S’il ne le connaît pas, il regarde sur une carte de la ville.

À Pékin, le chauffeur demande au client s’il est capable de lui expliquer le chemin. Si le client doute, c’est fini… dehors!  Et j’exagère à peine. D’ailleurs, personne n’a de carte de la ville dans sa voiture.  

Autre problème: les chauffeurs ne parlent habituellement pas en anglais. Le gouvernement leur a fait prendre des cours en prévision des Olympiques (en classe et à la radio). Or, les résultats me paraissent absents. Des expressions simples comme «Turn left, turn right, stop, how much » ne veulent encore rien dire pour beaucoup d’entre eux! 

En plus, ils ne connaissent que les noms des endroits en mandarin. Imaginez la tête d’un chauffeur de taxi québécois à qui vous demanderiez de vous conduire au Maidanlao (McDonald). Vous verriez assurément une expression perplexe apparaître sur son visage.  Les chauffeurs de taxi de Pékin ont souvent la même réaction avec les noms anglais (dont les noms de tous les grands hôtels).

Jusqu’ici, jamais un chauffeur n’a tenté de me charger un autre prix que celui du compteur.  Mais l’appât du gain risque d’en pousser plusieurs à le faire au mois d’août.  Depuis des années, on leur promet qu’ils feront de très bonnes affaires pendant les JO.  Mais avec toutes les nouvelles restrictions et l’augmentation des coûts, la manne espérée ne sera probablement pas au rendez-vous pour eux.  Résultat: on tente de refiler la différence aux touristes.

Info : Pour Gabriel et les autres qui sont à Pékin, j’ai travaillé avec un chauffeur bilingue vraiment sympathique.  Si vous prévoyez sortir de Pékin, que vous avez besoin d’un chauffeur pour l’aéroport ou une série de déplacements en ville, je vous recommande de vous adresser à lui.

La belle confusion

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On est toujours plus sensible dans les moments de faiblesse, nos points de perception sont alors plus aiguisés, plus perméables aux phénomènes extérieurs, les sensations sont amplifiées de manière saisissante. On peut parler volontiers de vulnérabilité, vulnérabilité dans la naïveté pure des premiers pas comme dans l’épuisement ou l’usure.

Parfois une configuration mystérieuse de cette vulnérabilité peut arriver à provoquer un état particulier de disponibilité des sens. Vulnérabilité devient alors porosité, accueillance. Un simple instant peut ainsi s’imprimer dans une mémoire très profonde du corps, presque de manière permanente.

Il y a par exemple de ces moments où une extrême fatigue arrive à nous abattre de si belle façon…

*

Tu as traversé la moitié du globe pratiquement sans dormir, le voyage était interminable, l’inconfort aussi. Le trajet vers l’université a su réveiller un reste de capacité d’émerveillement, mais t’a surtout achevé. L’enthousiasme presque à zéro, tu savoures à présent tout de même une solitude bénéfique. Le temps, comme bien d’autres choses, donne enfin l’impression de s’être suspendu. Arrivé dans ta chambre tu t’étends sur le lit, ramènes les couvertures sur ton corps, incrédule et raqué…

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Puis c’est la belle confusion qui démarre, comme dans un flash très doux.

Ces draps blancs, froids et un peu rigides qui ne sont pas les tiens. Cette chambre avec sa tapisserie fanée, ses meubles bruns-beiges-jaunâtres, les pennes de bois délavées de son plancher et son bruit de frigo – sûrement encore soviétique. Cette lune qui empoussière un décor étrangement nouveau et dont l’étrangeté te paraît exacerbée par les accents de désordre que découpent dans l’obscurité tes choses timidement déballées. Une lune qui habite ce premier soir comme la pensée qui te vertige lentement dans une zone du sommeil où ton corps semble perdre ses repères et n’est plus tout à fait sûr du réel de tout cela…

« Mais qu’est-ce que je suis venu foutre ici, moi? »

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*

Au réveil, le soleil pris dans un mélange de rideaux lourds cuivre fleuri et de fausse dentelle, qui datent et que tu te promets d’ailleurs de ne plus jamais refermer. Et puis ce n’est pas un soleil. Plutôt un fond de casserole froid, large comme l’horizon. Ça y est, tu n’en sortiras plus: tu n’es pas chez toi. Quelque chose de plus vaste que toi t’a soustrait d’un univers familier, de toutes sortes de réalités rassurantes. Et te voilà accordé deux ou trois saisons pour en explorer l’étendue. Pour l’instant, tu es tout à cet immense sentiment du large, un large qui t’a bercé loin… Tout le poids d’une décision dans une éclosion, un flash de conscience nouvelle. Ça n’a pas le même goût qu’un simple matin ailleurs. C’est un matin à Moscou.

À présent, mission bouffer. Mission, avaler une ville.

* * *

Rouge STOP À deux étages FULL STOP

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Le premier mai dernier, Londres élisait un nouveau maire. Boris Johnson (dit « le Prince bouffon ») remplaçait Ken Livingstone (dit « le Rouge »). À l’affût de l’actualité (énormément plus que votre humble blogueur), la rédactrice en chef du site de L’actualité me suggérait d’écrire un billet sur la chose. J’ai décliné, si ma mémoire est bonne, de façon plutôt télégraphique: «Bon sujet STOP Moi pas savoir comment l’aborder FULL STOP». La politique municipale, c’est coloré, d’accord, mais ça rime à quoi? Plus ou moins de pots de fleurs le long des avenues? Des poubelles plus ou moins standardisées? Comme il n’y a pas de déneigement ici, je me disais bêtement qu’il n’y avait pas de bonne raison de se crêper le chignon.

Faux! Il y a les autobus. Londres est une ville à haute teneur en symboles (j’en glissais un mot ici) : les cabines téléphoniques, les traverses pour piétons (avec de chaque côté une grosse ampoule jaune qui clignote), le chapeau des policiers, les taxis, ainsi qu’à peu près tout ce qui se rattache au Tube (le métro) et aux autobus.

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Comment reconnaître un autobus londonien? Facile ça, vraiment. Tout le monde le sait. Il doit être rouge et avoir deux étages. Point. Final? Et bien non. Ce n’est plus vrai. En 2005, Ken le Rouge a approuvé l’achat d’autobus accordéons: rouges, d’accord; modernes, c’est sûr; accueillant deux fois plus de passagers, ah quand même; mais diable! Un seul étage!

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Pour ajouter l’injure à l’insulte, ces autobus accordéons ont été introduits en remplacement des Routemaster, retirés de la circulation après que Ken ait promis explicitement de ne pas le faire (ce qui, à bien y penser, était une déclaration d’intention assez claire). Les Routemaster sont les autobus iconiques utilisés depuis 1956.

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Personnellement, j’en ai très peu de souvenirs. Ils sont disparus quelques mois après mon arrivée à Londres. Je me souviens quand même d’avoir vu défiler des Routemaster à la queue leu-leu sur le trajet 38, tous bondés comme s’ils ne suffisaient pas à la tâche, malgré leur nombre. Je me souviens d’être allé de l’université jusqu’au Royal Albert Hall
dans un Routemaster. Je me souviens comment mon collègue allemand devait se pencher au deuxième étage et que les bancs étaient petits et inconfortables (il faut dire que mon collègue mesure 6 pi 5 po). Bref, je n’ai pas eu le temps de m’attacher à ces grosses bêtes bossues. Mais ces grosse bêtes, elles, ont eu cinquante ans pour s’incruster dans l’imaginaire des Londoniens. On imagine facilement que Mme Chelsea de Chelsea a dû s’émouvoir autrement plus que moi de les voir disparaître.

Fini le temps où, grâce à une plate-forme ouverte à l’arrière, elle pouvait embarquer et débarquer quand bon lui semblait, sans que le chauffeur n’y fasse particulièrement attention (ce qui est assez amusant et pratique, il faut bien l’avouer, mais aussi fichtrement difficile à accomplir en chaise roulante ou avec une poussette). Maintenant, il faut qu’elle attende que l’autobus soit aligné devant l’arrêt. Ennuyant.

Fini le temps où elle payait à un contrôleur se tenant debout à l’arrière, près de la plate-forme d’embarquement. Un contact humain qui n’existe plus sur les autobus accordéons. Le poste de contrôleur a été aboli. Le passager embarque toujours à l’arrière, mais paie à l’aide d’une carte à puce appliquée sur une machine (à puce), pendant que le
chauffeur est protégé de toutes ces puces par une vitre anti-balle et anti-conversation. Embêtant.

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Surtout que Mme Chelsea de Chelsea aimait bien faire la conversation au contrôleur. Pas longtemps. Une phrase ou deux avant de s’assoir avec Mme Kensington de Kensington. Et le contrôleur était si gentil. Un bon petit gars qui connaissait sa place. Sûrement catholique. Probablement irlandais (mais un bon Irlandais). Après avoir côtoyé l’aisance toute la journée, il rentrait sans se plaindre dans son trou à Hackney. Existe-t-il encore, ce contrôleur? Le chauffeur, en tout cas, s’il vit toujours dans le même trou, c’est désormais avec sa soeur et son cousin. Il envoie de l’argent au reste de sa famille qui habite dans un pays encore plus déprimant que Hackney. Il s’en fout éperdument de dire bonjour à Mme Chelsea. Sa vie est dure et il le sait. Il grogne. C’est tout. Grogne et parfois (souvent) semble trop occupé à grogner pour se rendre compte qu’il faut freiner… Freine! Freine! Les autobus à Londres ne se conduisent pas en gentlemen.

Tout ça pour dire que, flairant l’opportunité, Boris le Bouffon a promis d’abandonner tous les autobus accordéons d’ici 2015. Et cette-fois, exactement à l’inverse de son prédécesseur, il veut les remplacer par des Routemaster, nouvelle mouture. La question est lancée: est-ce possible de revenir à l’ancien modèle? Réussira-t-on a
embaucher suffisamment de contrôleurs? Feront-ils la conversation à Mme Chelsea? Combien cela coûtera-t-il? « 8 millions », a d’abord répondu le nouveau maire. Puis 100 millions. Bouffonnerie.

Et puis, est-ce légal cette plate-forme ouverte? Selon la rumeur, les Routemaster contrevenaient aux nouveaux règlements de sécurité publique de la ville, d’où leur retrait. D’ailleurs, Ken le Rouge en rajoute et prédit dix morts par année pour les nouveaux Routemaster. Esbrouffe.

Décidément, c’est plutôt coloré la politique municipale. À suivre…

Notes

1) Pour être clair, la grande majorité des quelque 6500 autobus circulant à chaque jour à Londres sont à deux étages, rouges, sans plate-forme ouverte à l’arrière et sans contrôleur. Même si les Routemaster étaient depuis longtemps en minorité, le débat semble s’être polarisé: Routemaster vs accordéons.

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2) Il n’y a presque pas d’avenues à Londres. Il y a par contre des street, way, road, drive, mews, close, lane, gardens, square, place, cul-de-sac, terrace, market, walk, et j’en oublie sûrement. Faites attention, si quelqu’un vous invite au 10 St-Paul sans préciser le type de rue, vous êtes fichus.

3) Chelsea et Kensington sont deux quartiers très bourgeois de l’ouest de la ville qui ont donné leur nom à un arrondissement - petite toux - le Royal Borough of Kensington and Chelsea. C’est dans cet arrondissement que se situe le Harrods et une douzaine d’autres boutiques huppés. Ça vaut le détour.

4) Hackney est un quartier (et un arrondissement; pas royal) de l’est de la ville. Le genre qu’on ne peut s’empêcher de remarquer qu’il a été sévèrement bombardé. On l’espère même. On se dit: laid comme ça, ça ne peut qu’être le résultat d’une catastrophe.

5) Vous pouvez toujours monter à bord d’un Routemaster sur deux courts trajets, dits historiques: le 9 de Hyde Park, via Piccadilly Circus, jusqu’à Strand et Aldwych (le coin des comédies musicales) et le 15 de Trafalgar Square, via la Cathédrale St-Paul, jusqu’à la Tour de Londres.

6) Pour ajouter à l’inconfort, le nouveau maire vient de légiférer pour interdire les boissons alcoolisées à bord des autobus. Quoi, c’était légal? Oh si. Les Anglais sont plutôt détendus quand il est question d’alcool: dans les autobus, dans la rue, dans le parc, dans le train. En fait, c’est légal partout, sauf dans les zones prévues à cet effet : on voit parfois de drôle d’affiche avec une bière dans un cercle rouge: Alcohol Free Zone.

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Le début des célébrations annonce la fin de la fête

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“Pékin est devenu PLATE,” soupire ma coloc.  Son cri vient du fond du cœur.  C’est vendredi soir, il est 21h00 et on cherche désespérément une sortie excitante.  C’est une tâche qui devient de plus en plus difficile dans le « Pékin pré Olympiques ».  Tout ce qu’il y avait de mieux est maintenant interdit. JO obligent.

Les partys et les spectacles qui sortent un peu de l’ordinaire n’existent plus.  Avant, on pouvait facilement trouver des restaurants avec des terrasses où aller souper.  Maintenant, c’est difficile. Ensuite, quand on s’ennuyait, on pouvait aller acheter des copies des nouveaux films pour quelques yuans.  Mais depuis quelques semaines, les vendeurs de DVD ambulants sont introuvables.  Puis, plein de petits commerces super pratiques à proximité ont dû fermer.  Même les Pékinois se plaignent!

Ma voisine, par exemple, est mécontente de la fermeture du petit sous-sol de notre résidence où elle achetait ses fruits. Maintenant, en plus de payer plus cher à l’épicerie, elle doit trimballer ses énormes melons d’eau à travers le quartier.

Pour une de mes collègues de travail chinoises, c’est le métro qui est devenu exaspérant.  Il y a trois semaines, le gouvernement a installé des détecteurs de métaux à toutes les entrées en plus d’avoir accru de façon impressionnante le nombre d’employés chargés d’assurer la sécurité.

Hier, les autorités mettaient sur pied des postes de contrôle un peu partout dans la ville.  Les voitures de la capitale seront contrôlées au hasard, tandis que celles de l’extérieur le seront automatiquement. Une autre contrainte qui ne plaira pas!

Cependant, le coup le plus dur pour les Pékinois viendra certainement le 20 juillet. C’est la date à laquelle commenceront les restrictions destinées à diminuer le trafic sur les routes.  La moitié des voitures seront contraintes de rester stationnées.  Pas facile pour la classe moyenne de la capitale, qui s’est habituée à aller au dépanneur du coin en auto…

Bref, même si à la télévision et dans la presse tous les Chinois disent qu’ils sont contents et fiers d’accueillir les JO, dans les conversations, ça rouspète à souhait!

L’Angleterre s’enfonce: «Bring it on»?

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À raison d’environ un pouce par année, le sud-est de l’Angleterre s’enfonce dans la mer du Nord.  À l’opposé, l’Écosse s’élève. Comme si les Écossais, malgré eux, avaient trouvé une vengeance géologique en réaction à leur annexion forcée (un affront vieux de 300 ans, mais loin d’être oublié).

Quand la terre s’enfonce, que la marée monte et que des courants marins venus d’aussi loin que le Québec déferlent (une vengeance cette fois météorologique), il arrive que la Tamise en ait assez et sorte de ses gonds. Et cette guerre que l’homme et Dame Nature se livrent depuis la nuit des temps n’est pas cosmétique. Il y a des morts : plus de trois cents victimes un certain hiver de 1953, alors qu’une par une les villes longeant la Tamise furent inondées.

La réponse est venue de la capitale.  Dix ans de travaux, 1400 ouvriers. Londres, cette ville maintes fois décimée (par les guerres, les incendies, la peste, la puanteur, par toutes sortes de dérangés rêvant d’explosion), s’est relevée une fois de plus et s’est dotée d’un barrage «anti-inondation», le Thames Barrier.

Thames Barrier 1

Thames Barrier 2

Thames Barrier 3

Thames Barrier 4

C’est ainsi qu’environ dix fois par année, quand les satellites flairent l’imminence d’une inondation, des portes géantes se referment sur la rivière, encaissent la déferlante, puis s’ouvrent tranquillement pour laisser passer le surplus d’eau à un plus faible débit. Des portes qui protègent quelque 1,2 millions de personnes habitant les zones à risque. Des portes actionnées par d’immenses bras mécaniques qui semblent prêts à gesticuler avec arrogance devant Dame Nature: «Bring it on (emmènes-en) » !

Le hic, c’est qu’à long terme le barrage ne suffira pas. À cause de la terre qui s’enfonce,  mais aussi parce que le niveau de la mer monte et que les tempêtes se font plus fréquentes. À sa mise en opération au début des années 1980, la Thames Barrier n’était utilisée qu’une ou deux fois par année. Le rythme n’a cessé d’augmenter depuis.
Tant et si bien que la Environmental Agency envisage déjà d’autres mesures. La plus probable de ces mesures est la création de «terres inondées» (une politique que la Hollande serait déjà en train d’instaurer). On songe à abandonner certaines terres agricoles (et certains villages?), afin de créer d’immenses réservoirs pour apaiser la colère d’une Dame Nature qui, manifestement, n’a pas dit son dernier mot.

On imagine sans peine l’émoi que cela va causer. Un rappel bien concret : en matière de protection de l’environnement (a fortiori son environnement de tous les jours), l’homme est appelé à faire mieux que l’arrogance pure et simple.

 Notes

1) « Scottish not British ». Pour ceux qui, comme moi, perdent parfois contact avec l’actualité, l’Écosse est gouvernée par un parti indépendantiste (minoritaire), depuis mai 2007, le SNP (Scottish National Party).  Un nom bien mal choisi, puisqu’il fait penser au BNP (British National Party), un parti radical similaire au Front National français.

2) Les courants marins viennent en fait du nord-est de l’Amérique «en général». Je me suis permis de romancer un peu.

3) Les inondations de 1953 ont aussi fait des victimes en Hollande (1835 morts), en Belgique (28 morts) et ont causé la perte de différents navires (plus de 230 morts).

4) Décimée par la puanteur? À l’été 1858, l’été du Great Stink (la grande puanteur), l’odeur de la Tamise força les parlementaires à enduire les rideaux du Parlement de chlorure de calcium et à légiférer pour rénover les égouts de la ville. Comme quoi les problèmes environnementaux sont vite réglés quand ça se passe directement devant les yeux (sous le nez) des politiciens.

5) On l’oublie bien souvent (du moins, moi je l’oublie), mais l’Angleterre est tristement familière avec le terrorisme («Quand on crache en l’air…» pensez-vous peut-être). Il y a bien sûr le 07/07, mais aussi les campagnes de l’IRA s’étalant de 1974 à 2000. Par exemple, le Gherkin, que j’affectionne tant, a été construit en remplacement d’un édifice détruit par une bombe de l’IRA en 1992.

Édifice Gherkin

À Manchester, un bonne partie du centre-ville a été redessinée après des attentats particulièrement destructifs en 1996.  Si jamais vous y passez, ne manquez pas de visiter le centre Urbis, une sympathique galerie d’art dans laquelle vous trouverez une exposition sur les attentats.

Le 4ième étage

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Le 4 est un chiffre malchanceux en Chine. C’est un peu comme le 13 chez nous. Dans plusieurs immeubles, il n’y a pas de quatrième étage. Mais dans mon nouveau bloc appartement, il y en a un… et c’est moi qui y habite.

Pour les Chinois, la peur du 4 vient de sa prononciation en mandarin (”si”), qui veut aussi dire mourir. Comme ils sont plutôt superstitieux, ils préfèrent éviter d’avoir ce nombre dans leur numéro de téléphone et sur leur plaque de voiture. D’ailleurs, c’est peut-être parce qu’il est au quatrième étage que mon appartement était aussi bon marché*.

Les prix montent en flèche à cause des Jeux Olympiques, mais j’ai quand même réussi à trouver un logement pour environ 400 $ canadiens par mois en plein cœur du centre-ville. Je le partage avec une étudiante allemande, donc ça revient à 200 $ chacune, incluant le gaz, l’eau et l’électricité.

C’est un 4 ½ super moderne avec des meubles neufs, une télévision géante et un lecteur DVD (pour écouter les copies de films achetés pour quelques yuans aux vendeurs ambulants). Il y a deux balcons, du plancher en bois et une cuisine propre. Encore une fois, je suis dans une tour. Rien d’étrange à Pékin, ici les tours poussent comme des champignons.

À mes yeux, l’ennui majeur avec cet appartement, c’est que je dois le quitter le 6 août. Il est loué à des touristes pendant les Jeux. À partir de cette date, il faudra que j’improvise un peu pour me loger. J’aimerais bien me promener à droite et à gauche en dormant sur les sofas de mes amis. Or, les choses ne sont pas si simples ici…

À chaque fois que je déménage, je dois aller m’enregistrer au bureau de police le plus près. (Et bien sûr, là-bas, personne ne parle anglais.) Parfois, ça se passe bien, mais c’est rare! Disons que j’ai eu plus de mauvaises expériences avec l’enregistrement que de bonnes.

Je ne sais pas à quel point la règle de l’enregistrement au bureau de police sera appliquée pendant les Jeux Olympiques. Certains disent que tout va être vérifié, car les autorités sont très nerveuses. D’autres (et je suis de ce groupe) pensent plutôt que la police aura autre chose à faire que de courir après les étudiants qui déménagent. Mais personne ne le sait vraiment. Voilà quelque chose d’un peu plus inquiétant que d’habiter au quatrième étage.

*Honnêtement, je ne pense pas que le fait d’habiter au quatrième étage joue beaucoup sur le prix des appartements.

Новослободская

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Lentement, le quartier se dessinera dans ta tête. Une espèce de plan d’un chez-toi temporaire, avec ses rues, ses commerces, ses habitants, son architecture, sa vie. Ta vie à toi arrive encore, et n’a pas fini d’arriver (on n’en finit plus d’arriver, à vrai dire…). Pour le moment, elle se déverse à petites lapées d’attention plus intime. C’est déjà le soir. Jambes et genoux ont épuisé depuis longtemps les options de positions qui leur étaient disponibles. De loin en avant de la marchroutka, les explications de Fred, notre guide, qui connaît bien l’endroit, résonnent un peu sourdement dans nos têtes alourdies, mais parviennent tout de même à donner un peu de relief à la géographie locale.

rue moscou

Descendant la rue Новослободская (« Novoslobodskaya », prononcer « navaslabodskaya », en accentuant le « o ») en direction du centre, sur notre gauche, lentement, la façade de Дружба (« Droujba ») se dessine. Oui, un simple centre commercial, et plutôt quelconque, mais un premier point de repère concret tout de même. Notre sympathique guide nous assure qu’il y a là de quoi remplir frigo et garde-bouffe à prix raisonnable. L’information est pratico-pratique, mais elle éveille quand même l’attention. Avec sa devanture orientale tapissée de drapeaux rouges étoilés les jours de célébration, son enseigne mi-cyrillique mi-hiéroglyphes chinois, Дружба (qui signifie « amitié »en russe) a toutes les allures d’un hommage… bon, ok, économique… à l’allié historique chinois (coucou Annie! coloc-alliée-déjà-un-peu-historique… non, pas Chinoise…). De toute façon, on s’en fout. À partir d’ici, il s’agit de prendre possession du territoire. Et qui dit prise de possession du territoire, dit nécessairement points clés. De ravitaillement? Pourquoi pas.

centre commercial moscou

Pendant qu’on roule sur les flaches multicolores que postillonne Drujba sur l’asphalte humide (les journées ici sont très souvent entrecoupées de moments pluvieux), se dressent les grandes et sérieuses colonnades de la station Novoslobodskaya – au style un peu plus romain, celle-là – , qui trône, il faut l’avouer, un brin majestueusement à la gauche du centre commercial. « Notre » station désormais, et un des premiers éléments de toponymie dont il faudra retenir le nom par coeur et très vite avant de se lancer dans l’exploration du réseau de transport souterrain… Lourd avec ses six syllabes, et pour l’instant imprononçable, mais je suis sûr que certains s’essayaient déjà dans leur oreille interne: no-vo-slo-bo-dska-ya. Trop de « o », oui, mais ô… la belle station…

metro moscou

À droite et en biais par rapport à la station de métro, on distingue déjà l’ouverture donnant sur le « переход » (prononcer « perehot », en effectuant un « r » léger et très sec avec la luette en passant sur le « x »), ou passage piétonnier souterrain, comme il y en a partout à Moscou. Très belle invention que le переход, je dois dire. Non seulement peut-on y traverser de manière sécuritaire les diverses et plutôt périlleuses artères de la ville (périlleuses pour les chars, sans pitié pour les piétons… non, j’en reviens pas encore… grrr….), mais il y grouille en outre une vie qu’on ne soupçonnerait pas nécessairement au premier abord. Bel exemple d’exploitation de l’espace commun, si l’on peut dire, et surtout agréable moyen d’éviter les tumultes du bordel routier urbain. On y trouve en effet là des petits kiosques très pratiques où il est possible d’acheter une panoplie de trucs bon marché, allant des bidules quétaines pour touristes jusqu’aux pâtisseries, en passant par les disques, revues et journaux, montres, téléphones et appareils électroniques, fleurs, fruits et légumes, sans oublier les chansonniers et autres guignoles de spectacles plus ou moins professionnels et intéressants, et j’en passe.

passage piéton moscou

Comme on peut le voir sur la photo, les parois du переход sont divisées en cubicules vitrés faisant chacun environ 2m ou 3m de largeur par 1,50m de profondeur. Très dépanneurs, ces kiosques sont ouverts entre 8h du matin et 11h ou minuit (dur métier que celui de ces vendeurs…). Notre переход à nous est toujours très animé, avec son kiosque de disques pas trop cherant, mais en revanche plutôt criant, qui nous pète par la tête, parfois un peu fort, des trucs très variés et d’ailleurs très souvent en français…

Ce système de kiosques souterrains fait d’ailleurs le pont de très belle façon avec le réseau génialement varié et bien distribué des marchés extérieurs. Et Moscou étant une ville intensément peuplée et grouillante, il est ainsi possible pour l’homme de la rue d’acheter un peu partout de quoi casser la croûte, se rafraîchir et – et peut-être surtout – faire des petits cadeaux éclairs (1). Sympathique consolation pour le piéton moscovite, qui a très souvent l’impression d’être inexorablement coincé dans une mer tapageuse de fer roulant et de CO2…

*

Dans quelques minutes tu arriveras enfin à l’université. Le temps de se faire une petite bouffe au resto du coin, puis ce sera le sommeil tant rêvé. De toute façon, plus la peine d’en remettre, vous êtes tous bien cognés. La chambre – résolument de style soviétique –, c’est à peine si vous la remarquerez. Objectif lit. Dodo time. À demain…

***

(1)Très généreux et aussi très romantiques, les Russes sont constamment à l’affût d’un petit quelque chose qui pourrait faire plaisir à un ami, un parent ou un amoureux. Je reviendrai d’ailleurs sur tout cela lorsque je parlerai des marchés et de tout le réseau des kiosques extérieurs, alimentaires et autres.

Les Wang II

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Je vous ai expliqué lors de mon dernier billet que les Wang, la famille chinoise qui m’héberge, ont une domestique qui les sert en permanence. J’ai mis du temps à comprendre pourquoi car au début sa présence me semblait tellement superflue. Mais en entrant chez moi un soir, j’ai compris.

Ce jour là, dès mon arrivée, M. Wang m’a fait signe de me taire: « Wan Lin (Mme Wang) est malade ». Quand je suis arrivée dans le salon, Wan Lin était en effet dans un sale état. La domestique la faisait manger à la cuillère. Elle m’a expliqué qu’elle avait de la difficulté à bouger et qu’elle ne pouvait presque plus marcher. WOW! La veille j’avais de la difficulté à la suivre dans les boutiques au centre commercial.

Elle a la sclérose en plaque depuis qu’elle a 21 ans. Son état se détériore rapidement depuis quelques mois. Voilà pourquoi ils ont engagé la domestique. J’étais abasourdie par la nouvelle.

Impuissante, je suis montée à ma chambre me coucher. Au milieu de la nuit, j’ai entendu des cris dans la rue. C’était les Wang qui s’engueulaient. Wan Lin essayait de fuir… mais elle arrivait à peine à se tenir debout. M. Wang a pris la voiture et a quitté la maison. Aiyi et moi sommes descendues pour aider Wan Lin à rentrer.

De retour dans le salon, Wan Lin a pris son livre de conversation en anglais et l’a ouvert au chapitre sur la famille. Elle m’a pointé un mot: divorce. WOW ! Deuxième choc de la soirée.

Le lendemain, je leur ai annoncé que je quittais la famille. Wan Lin aussi a déménagé la semaine suivante.
Elle a repris des forces et on se voit régulièrement. Mais je n’ai jamais eu de nouvelle, ni de Aiyi, ni de M. Wang après mon départ de la maison. Avec Wan Lin, on parle peu de cette soirée et lorsqu’on en parle, elle me dit que de toute façon, le divorce n’a plus rien d’exceptionnel maintenant en Chine.

La famille Wang

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tien an men avec les wangs
Aiyi a obtenu la permission d’aller visiter la place Tiananmen avec moi. C’était la première fois qu’elle s’y rendait.

Je vous ai déjà expliqué que j’habite chez une famille chinoise qui m’héberge gratuitement en échange de cours d’anglais quotidiens, les Wang.

Je ne vous ai pas encore beaucoup parlé d’eux, parce que je voulais apprendre à mieux les connaître avant d’écrire sur leur vie. Et quelle vie…!

Mais d’abord, leur profil: M. Wang a 43 ans et il possède une compagnie spécialisée dans la construction d’immeubles. Mais lorsqu’on lui demande son métier, il dit qu’il est auteur!

Mme Wang, 33 ans, a l’air d’un mannequin. D’après ce qu’elle m’a raconté elle a déjà été danseuse de ballet professionnel et championne de mathématique. Elle a un doctorat en technologie des communications et vante ses talents de cuisinière. Elle ne travaille plus depuis deux ans.

Finalement, il y a « Aiyi ». C’est la domestique. Je ne connais pas son nom puisque tout le monde l’appelle « aiyi » : « domestique ». Choquant? Au début, je le pensais, mais j’ai découvert bien plus tard que « aiyi » voulait aussi dire tante. Elle vient de la campagne et a accepté de venir passer un an à Pékin au service des Wang pour pouvoir envoyer sa fille à l’université. Elle est traitée comme un membre de la famille, mais on lui demande d’être à la maison 24h/24h. Elle n’a même pas les clés du domicile.

Pourquoi un couple super actif et sans enfant tient-il à avoir une bonne à la maison en tout temps? La plupart de ceux qui ont un peu d’argent ici ont une femme de ménage qui vient tous les deux ou trois jours. Au début, cela me semblait vraiment superflu. En fait, la question m’a trotté dans la tête pendant trois semaines. Puis, un jour, en rentrant chez moi, j’ai eu la réponse. Ce soir là, ma vie à Pékin a complètement changé…

(… et vous en saurez plus dans mon prochain texte.)