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Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière
J
e suis un blogueur suédois
Dany Laferrière demeure sans doute le plus original, le plus imprévisible, le plus libre des écrivains québécois. Le plus menteur aussi, ce qui n’est toutefois pas un défaut pour un écrivain. C’est parfois même une qualité, du moins quand on gagne sa vie en inventant des histoires. Laferrière avait promis, il y a quelques années, de ne plus écrire. Bien qu’il vienne de faire paraître un nouveau livre, j’estime qu’il a tenu parole. Car ce roman que prépare le narrateur de Je suis un écrivain japonais, et dont il est question du début à la fin, n’existe pas. Même s’il vaut déjà à son auteur d’être célèbre au Japon, nous n’en lirons jamais une seule ligne…
Dans cet ouvrage, Laferrière met en scène un écrivain montréalais qui, à la demande insistante d’un éditeur, entreprend d’écrire un roman à la manière des maîtres japonais. L’auteur a accepté à contrecœur, lui qui n’avait pas du tout envie de faire de nouveaux livres. Il se contenterait plutôt de recruter de nouveaux lecteurs pour ses romans précédents. Mais notre homme ne jure que par la littérature japonaise et il a décidé de devenir lui-même un écrivain japonais, rien de moins. Sa vie n’est plus la même, confie-t-il, depuis le jour où il a découvert Basho, ce poète japonais qui, il y a plus de 250 ans, a traversé le Japon à pied avec écritoire, encre et pinceaux. « Cet homme possède une vraie science de l’émotion », s’émerveille le narrateur.
On verra bien ce qu’on voudra dans ce dernier roman de Dany Laferrière. Sa contribution aux débats identitaires qui ont récemment fait rage au Québec ? Peut-être bien. Las de voir la réflexion s’enliser dans une sorte de mélasse, l’écrivain a choisi de répondre par la fantaisie. Après tout, la littérature demeure un grand jeu. Elle permet tout, y compris de s’inventer de nouvelles identités. C’est ce que nous rappelle Laferrière à sa façon. Mais attention ! Fantaisie ne rime pas avec légèreté. Cette histoire en apparence loufoque est prétexte à des réflexions inspirées sur la littérature, l’identité, la vie d’écrivain et les médias. (Je suis un écrivain japonais, par Dany Laferrière, Boréal, 272 p., 24,95 $)

Le fils du Che
Père absent, grand-père militant

Qu’aura légué à ses enfants la génération qui a voulu réinventer la vie ? Qu’auront laissé les baby-boomers ? C’est la question que pose la romancière Louise Desjardins, par fiction interposée, dans Le fils du Che. Elle le fait au moyen de l’histoire d’Alex, un adolescent de 14 ans qui n’a jamais rencontré son père, passe une bonne partie de sa vie penché sur son ordi et habite seul avec sa mère, une éternelle rêveuse. Le jeune homme a été élevé par ses grands-parents, des intellectuels de gauche. Ils habitaient une maison où l’affiche de Che Guevara trônait dans toutes les pièces, même dans les toilettes… Alex ne connaît pas son père, mais il sait qu’il existe. « Je pense qu’il m’a abandonné parce qu’il voulait faire des affaires plus importantes que d’élever un enfant comme moi. Ce n’est pas un caprice. Ma mère dit qu’il ne pouvait pas s’occuper de moi parce qu’il ne l’aimait plus. Ce n’est pas une bonne raison, je ne suis pas sa mère », écrit-il à un ami inventé. Tout le paradoxe d’une génération tient dans ces quelques mots. Un homme veut sauver le monde, mais il laisse le cœur d’un enfant en charpie. Avec cet art de raconter qu’elle maîtrise si bien, cet art d’observer la vie avec finesse, lucidité et juste assez de distance pour ne pas « juger » ses personnages, Louise Desjardins amène tout doucement le lecteur à réfléchir sur les relations parents-enfants. Elle révèle les contradictions criantes et multiples de cette génération qui a voulu changer le monde, puis s’est embourgeoisée. (Le fils du Che, par Louise Desjardins, Boréal, 176 p., 19,95 $)

La saine colère d’un maire

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Des dizaines de milliers de Français se sont réunis dans le port de La Rochelle, hier, pour assister au départ de la Grande Traversée. Dans le cadre des festivités entourant le 400e anniversaire de Québec, une cinquantaine de voiliers, dont le Bélem, un majestueux trois mats, ont entrepris leur voyage vers Québec, sur la voie empruntée par Samuel de Champlain.
À en croire les reportages des journalistes sur place, ce fut un moment de grande émotion. Plus qu’un témoignage d’amitié de la France, c’était un chant d’amour.
Pendant ce temps, au Québec, on s’entre-déchire à qui mieux mieux et la chicane bat son plein. Libéraux, péquistes et adéquistes rivalisent d’insultes. «Ottawa prend trop de place», «Charest aurait dû être là», «Michaëlle Jean en mène trop large»… On ergote, on se crêpe le chignon, on relance pour une énième fois la sempiternelle guerre de drapeaux.
Le maire de Québec, Régis Labeaume, n’en peut plus. Il s’est vidé le cœur, hier, en entrevue à Radio-Canada, puis dans les journaux de ce matin.
«On est colons, on se crée des petites histoires politiques et ça me met en colère. Au Québec, ça fait 100 ans qu’on fait ça. Moi, ça me révolte. Je suis écoeuré», a-t-il dit au Soleil. «C’est magnifique ce qu’on voit ici. C’est une symphonie sur l’eau. Et notre petit monde à Québec nous parle d’une polémique qu’ils ont décidé de créer eux-mêmes pour alimenter leur quotidien et faire un peu d’argent. Ça m’écoeure. On n’est pas obligés d’endurer ça.»
En voilà un qui ne sombre pas la langue de bois. Je suis plutôt de son avis. Peut-on profiter de cet événement pour parler d’histoire, pour célébrer les 400 ans de présence francophone en Amérique? Peut-on faire une plus grande place aux Denis Vaugeois et autres historiens d’ici? Peut-on demander aux politiciens de faire la trêve, ne serait-ce que devant la «visite», et de se concentrer sur le sens véritable de cet anniversaire historique?

Informer, c’est choisir

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Riche semaine dans l’actualité. Le bilan du cyclone qui ravage le Myanmar pourrait s’élever à 100 000 morts. Aux États-Unis, depuis hier soir, la victoire de Barack Obama à l’investiture démocrate semble assurée. En France, la Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, vole la vedette lors des premières cérémonies commémorant 400 ans de présence francophone en Amérique. Le Québec brille par son absence, tout est en place pour une crise diplomatique… Pendant ce temps, une crise alimentaire mondiale risque toujours d’affamer 850 millions d’habitants de la terre.
Imaginez un instant que vous êtes dirigeant d’une station de télévision généraliste et que vous avez un peu d’argent, cette semaine, pour payer un séjour à l’étranger à votre journaliste vedette. Où dépêchez-vous votre principal animateur d’affaires publiques pour qu’il réalise une grande entrevue, un grand reportage? À TQS, on a choisi d’envoyer Jean-Luc Mongrain en République dominicaine, sur les traces de Nathalie Simard. Le chef d’antenne a enregistré une entrevue d’une heure avec l’ex-chanteuse, celle qui a tout laissé pour avoir la paix mais qui accueille tout de même les journalistes pour livrer (et monnayer?) ses confidences. L’entretien sera diffusé demain soir. On s’attend bien sûr à un auditoire record.
Est-ce pour ce genre d’information et ce genre de reportages d’affaires publiques que le premier ministre Charest et les politiciens de tous les partis se battent quand ils se mobilisent pour sauver l’information à TQS?
Au fait, où étaient-ils, ces mêmes élus soudainement préoccupés par l’avenir des médias, quand le dramatique conflit au Journal de Québec a éclaté? Où étaient-ils quand on a sabré dans les budgets de Télé-Québec? Où étaient-ils lorsque Radio-Canada a fait disparaître sa Chaîne culturelle, au grand malheur de milliers de mélomanes?
J’ai énormément de compassion pour les 270 travailleurs de TQS qui perdront leurs emplois, tout comme j’en ai pour les travailleurs des papetières, des scieries et des entreprises du textile, sacrifiés par milliers. Je sais aussi pertinemment que, pour les régions, la disparition de l’information à TQS constitue une très mauvaise nouvelle.
Il reste qu’on ne tire pas toujours vers le haut dans cette chaîne et que les choix du Mouton noir en information, tant dans les nouvelles que dans les affaires publiques, ne conviennent pas à tous les téléspectateurs. Si tel était le cas, la station n’en serait sûrement pas là aujourd’hui.

Grand-papa, raconte-moi mai 1968!

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Y en a marre des pavés! On ne compte plus, depuis quelques semaines, les reportages et les analyses consacrés au 40e anniversaire de la révolte de mai 1968. Toutes les rédactions de France, et une bonne partie de celles du Québec, obéissent à un mot d’ordre venu d’on ne sait où. Il leur faut revenir sur les événements de mai 1968.
On revoit sans cesse le visage vieillissant du leader étudiant d’alors, Daniel Cohn-Bendit, alias Dany Le Rouge. Les images d’archives défilent. Nanterre, les pavés lancés à la police, la grève des ouvriers de Renault, le slogan «il est interdit d’interdire», la France paralysée par 10 millions de travailleurs en grève, tout y passe. Il faut dire que ces images ne sont pas très loin. Elles ont été diffusées à satiété lors du 1er, du 10e, du 20e, du 25e et du 30e anniversaire des événements de mai 1968.
Les acteurs ont vieilli, mais les médias les courtisent toujours… «Grand-papa, raconte-moi mai 1968!»
Je ne remets pas en cause l’importance de cet épisode marquant de l’Histoire. Je m’interroge tout de même sur la nécessité de se livrer à un tel battage médiatique à chaque anniversaire.
J’ai relu ce matin des analyses du Monde publiées lors du 20e et du 30e anniversaire de la révolte. Tout y est. Des intellectuels de haut vol s’appliquent à dégager tout le sens de l’événement.
Il y a quelque chose de triste à voir resurgir de décennie en décennie les principaux soixante-huitards. Ils se prennent un air glorieux, ils font comme s’ils avaient eu le monopole de la contestation, comme si personne ne pourra jamais être aussi pur qu’eux. Parallèlement, ils s’embourgeoisent de plus en plus.
À ce propos, pour réfléchir au sujet des paradoxes des militants, je vous recommande vivement un excellent roman québécois, Le fils du Che, de Louise Desjardins (Boréal). Je vous en reparlerai plus longuement dans ma chronique de livres.

Le fils de Réal

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Aux informations télévisées, ce matin, j’ai vu un vieillard claudicant perdu au milieu d’un amas de ferrailles et de déchets divers. Il m’a fallu du temps avant de reconnaître le visage de l’homme d’affaires Raymond Malenfant, cet ex-hôtelier millionnaire qui faisait naguère la pluie et le beau temps.
Celui que l’on appelait il y a 20 ans le «toffe de La Malbaie» connaît une fin de vie pathétique. Il accumule les déboires judiciaires et financiers. S’il faisait les manchettes ce matin, c’est qu’il a été reconnu coupable récemment d’infractions aux règlements d’urbanisme après avoir effectué des travaux sur son terrain.
Ces images ont ravivé en moi le souvenir d’un reportage marquant. En plein cœur du conflit de travail au Manoir Richelieu, peu de temps après la mort d’un syndiqué, j’étais allé interviewer Raymond Malenfant. L’hôtelier refusait généralement d’accueillir des journalistes. Il avait toute de même accepté de me recevoir et j’étais intrigué de savoir pourquoi. Je l’ai su dès les premières minutes de notre rencontre. «J’ai accepté de vous parler parce que je me suis dit que vous deviez être le fils de Réal Caouette», m’a-t-il lancé.
Je n’ai jamais été aussi fier que ce jour-là du «y» dans mon patronyme. Je ne me souviens plus très bien du contenu de l’entrevue, sinon que M. Malenfant disait constamment «une» hôtel, comme dans «une» avion, et que je trouvais cela presque sympathique.
À le voir alors dans le décor somptueux de son manoir, je n’aurais jamais pensé un instant qu’il finirait sa vie au milieu d’un amas de ferrailles.

Dans les entrailles du Louvre

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Inquiet de chercher en vain mon billet quotidien, un fidèle lecteur de ce blogue me demande à la blague si je suis toujours vivant. Mais oui, monsieur! Plus que jamais, d’ailleurs, car je suis en reportage à Paris.Je viens de passer deux passionnantes journées dans les entrailles du Louvre, le plus grand musée du monde.Motif? L’exposition Le Louvre à Québec, qu’accueillera le Musée national des beaux-arts du Québec, du 5 juin au 26 octobre. Je vous en reparlerai plus longuement dans l’article que je prépare pour le magazine. Je me permets toutefois de vous conseiller dès maintenant de vous procurer vos billets afin d’assister à cette exposition qui s’annonce exceptionnelle. On y retrouvera quelque 275 pièces en provenance des huit départements du Louvre, soit un véritable concentré de la richesse de ce musée qui compte plus de 300 000 œuvres – dont le dixième est exposé.Non, la célèbre Joconde ne sera pas du voyage à Québec, bien évidemment. Mais le Louvre, justement, c’est tellement plus que ce tableau de Léonard de Vinci. Et l’exposition de Québec permettra de le constater. Ainsi, tandis que des touristes japonais défileront par milliers devant la Joconde, nous pourrons, à Québec, admirer les trésors des départements des antiquités orientales, des arts de l’islam et des sculptures.Le directeur général du MNBAQ, John Porter, avait réussi un coup fumant en présentant une exposition consacrée à Rodin, en 1998. Il avait d’ailleurs attiré pour l’occasion plus de 525 000 visiteurs. Le Louvre à Québec mérite assurément de connaître un succès comparable.Je vous laisse. Je me sauve au Théâtre de la Madeleine pour voir Cécile de France et Eddy Mitchell se donner la réplique dans Le temps des cerises. Dur métier!

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Québécoise

Une poigne de velours
On cherchera en vain le croustillant dans Québécoise !, l’autobiographie de Pauline Marois, qui paraîtra ce printemps aux éditions Fides. Ni épanchements, ni révélations-chocs, ni règlements de comptes, rien pour exciter les chroniqueurs politiques ou faire les manchettes. « C’est une vie sans histoires », prévient la chef du Parti québécois. Mais elle voulait tout de même la raconter, cette vie, ne serait-ce que pour « laisser des traces ».
Pauline Marois dresse dans ce livre le bilan de ses principales réalisations politiques, de la création des centres de la petite enfance à l’instauration des commissions scolaires linguistiques. Elle s’attarde sur ses passages remarqués à la tête des ministères des Finances, de l’Éducation et de la Santé. Avec une certaine retenue, elle raconte aussi son histoire d’amour et son mariage heureux avec l’homme d’affaires Claude Blanchet, avec qui elle a eu quatre enfants.
Un an après son élection à la tête du Parti québécois, Pauline Marois fait montre d’une grande sérénité et prend manifestement goût à cette fonction à laquelle elle se préparait, presque malgré elle, depuis longtemps. « J’ai découvert que j’aime être la première responsable », avoue-t-elle. Son prochain cheval de bataille ? La défense de la langue française. « Pour les Québécois, c’est une question de survie », juge-t-elle.
L’actualité l’a rencontrée à son bureau de l’Assemblée nationale.
◆◆◆
Quand on lit le chapitre consacré à votre courte, mais si heureuse retraite, on se demande : pourquoi est-elle revenue ? D’autant que le mouvement souverainiste et le Parti québécois ont connu des périodes plus effervescentes…
— C’est beaucoup plus difficile qu’à une certaine époque. Mais c’est quand ça va moins bien qu’on appelle les femmes au secours. Pourquoi suis-je revenue ? Parce qu’on ne peut pas, pendant 30 ans, mettre son énergie, son cœur et ses convictions pour faire avancer le Québec et refuser de relever le défi quand arrive un moment où on peut encore être utile. J’étais bien, loin de la politique ; mais l’engagement est profond.

Un an plus tard, vous ne regrettez pas ce retour ?
— Au contraire. J’ai découvert que j’aime être la responsable, la première responsable. Et je suis prête à assumer les bons coups comme les mauvais. J’aime ça et je ne m’en cache pas. C’est la première fois que ça m’arrive en politique. J’ai toujours eu des chefs, envers lesquels j’ai été loyale (même si certains ont cru que je pouvais ne pas l’avoir été). J’ai décidé que je serais moi-même, que je ne m’inventerais pas un personnage de leader. Je suis ce que je suis : Pauline Marois, avec 59 ans dans le corps, une belle vie sur le plan personnel, de beaux moments politiques, d’autres plus difficiles, plus déchirants. Je ne vais pas essayer de faire de l’esbroufe avec mon équipe.

Avez-vous « dompté » la faction plus radicale du PQ ? En vous libérant du carcan du référendum obligatoire dans le premier mandat, avez-vous réussi là où vos prédécesseurs ont échoué ?
— Je n’ai pas joué les matamores et je n’ai pas « dompté » le parti. Je l’aime, ce parti. J’ai cheminé avec lui, j’y suis enracinée. Ce que je souhaite, c’est que la stratégie qu’on a choisie soit la bonne.

Si, dans 10 ans, on met à jour votre biographie, quelle serait la grande réalisation que vous souhaiteriez que l’on rajoute ?
— Que le Québec est un État social-démocrate riche, à l’image de l’Irlande, de la Norvège, de la Suède, du Danemark, dont le modèle a évolué et où le PIB par habitant est le plus élevé du monde. Mon rêve est que le Québec soit indépendant. La route est semée d’embûches. Alors, ce qu’on propose, c’est de faire avancer le Québec le plus loin possible, sur tous les fronts. Si on va chercher des pouvoirs, si on se définit mieux, peut-être que le Québec aura envie d’aller au bout de son rêve.

Pourquoi parlez-vous tant d’identité ?
— L’ADQ avait tiré le tapis sous nos pieds parce qu’on avait renoncé à cette priorité. On en était à l’« approche citoyenne ». Or, pourquoi fait-on un pays ? Il faut revenir à l’origine de ce projet : l’identité, la langue, la culture, notre histoire commune. La capacité aussi d’accueillir à notre façon ceux qui viennent de partout. Ce n’est pas un nationalisme de repli sur soi, mais d’ouverture. Nous sommes des démocrates, des progressistes, ouverts sur le monde. Il faut être capable de se tenir debout, d’accueillir les nouveaux arrivants en français. Ailleurs dans le monde, les États ont des contrats d’intégration. Ici, tout le monde s’énerve parce qu’on parle d’en avoir un.

Ce virage a-t-il repositionné le PQ ?
— Oui. On a remis le PQ sur ses bases. On a présenté deux projets de loi, qui ont été décriés. On n’a pas pu en débattre. Mais sur le terrain, les gens en général étaient contents. Ils disaient qu’il faut s’affirmer. Quand nous accueillons des gens dans notre maison, il faut leur dire qui nous sommes, quelles sont nos valeurs. L’ambiguïté, dans notre réalité sociopolitique, c’est que nous constituons une partie du Canada. Quand quelqu’un vient ici, il vient au Québec, mais il vient aussi dans l’ensemble canadien. Nous lui adressons un double message, celui du bilinguisme et celui du multiculturalisme. Il faut être fort en maudit pour y résister.

Si les Québécois vous élisent, quelle sera votre priorité ?
— Les questions d’identité. Les gestes de « gouvernance nationale » que nous proposons tournent autour de la langue et de l’identité. Nous allons ramener nos lois, que M. Charest ne veut pas étudier. Cela va nous « reconnecter » avec les Québécois. Je me promène beaucoup au Québec et bien des gens, pas toujours des souverainistes, me disent : « Madame Marois, n’oubliez jamais de défendre notre langue. »

Vous croyez rallier les Québécois autour de cette question ?
— La langue, c’est dans les tripes, dans l’inconscient collectif. Tout le monde a l’impression que c’est dépassé. Ce n’est pas vrai ! Communiquer, créer, participer au monde dans sa langue, c’est mobilisateur, ça permet de se dépasser. Les peuples qui s’assimilent sont des peuples qui meurent. On n’a pas envie de vivre ça.

Quelle est votre plus grande crainte pour l’avenir du Québec ?
— Voir les Québécois baisser la garde au sujet de la question de la langue. Si on la baisse, c’est la « louisianisation » du Québec ! Quand on veut prendre les moyens de protéger la langue française, en proposant par exemple une loi sur l’identité, les bien-pensants protestent : « On ne peut pas faire ça. » Pourquoi tous les autres peuples le font-ils et pas nous ?

Est-ce encore vrai, comme l’écrivait Françoise Giroud, qu’une « femme en politique n’a pas le droit d’être ambitieuse » ?
— J’ai connu bien des situations difficiles parce que j’étais une femme. On scrute notre habillement, notre allure. On m’a caricaturée avec des bijoux clinquants, de grosses écharpes. Je ne me pose pas en victime, dans ce livre. Ce n’est pas un essai féministe. Je voulais montrer ce qu’est la vie d’une femme en politique. Une femme ambitieuse, c’est péjoratif, négatif. Mais un homme ambitieux, c’est valable ! Quand on veut faire un pays, il faut de l’ambition. C’est vrai que je suis ambitieuse. Mais être ambitieuse, c’est vouloir réussir, progresser.

Pourquoi cette biographie ? Pourquoi maintenant ?
— J’y tenais, pour laisser des traces, dire aux gens : « Voilà, il est possible de concilier famille et politique, bonheur et engagement. » Ce travail d’écriture a été entamé pendant ma courte retraite. Je croyais que les gens me connaissaient puisque ça fait 30 ans que je suis dans le paysage. Mais j’ai compris que la mémoire collective est courte. Je me suis dit : « Tu veux être chef du Parti, chef du gouvernement, il faut que les gens aient quelque chose qui leur permette de voir ton parcours, ce n’est pas inintéressant. Surtout que tu vas pouvoir faire tomber quelques mythes ou préjugés qui te concernent. »

Votre vie est l’histoire d’une réconciliation entre le social et l’économique, qu’il s’agisse de votre vie privée (la travailleuse sociale a épousé un homme d’affaires) ou de votre carrière.
— Sur le plan personnel et sur celui de l’engagement, j’ai toujours tenté de réconcilier ces deux pôles. Je me définis comme une sociale-démocrate. Quand j’ai été ministre des Finances, les mesures que j’ai mises en place s’inscrivaient dans la trame de la lutte contre la pauvreté. Je suis constante dans mon engagement. Je vous jure, j’ai retrouvé des articles de 1982 dans lesquels j’explique que mon rêve est qu’il y ait des services de garde pour les familles, des congés parentaux…
(Québécoise !, Pauline Marois, avec la collaboration de Pierre Graveline, Fides, 264 pages, 24,95$)

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La Mémoire des mots
La Mémoire des mots
La mémoire et la mère

Quand il a su, en 1999, que sa mère souffrait de la maladie d’Alzheimer, l’écrivain Jacques Boulerice a entrepris de l’accompagner dans son « voyage » au pays de la mémoire qui fuit. En notant jour après jour les propos de celle-ci, il espérait qu’elle puisse ainsi échapper à l’oubli. Ce qui s’annonçait comme une chronique sur l’évolution de la maladie s’est progressivement transformé en réflexions sur l’enfance, la mort, la vieillesse, la folie, l’amour, le sacré, la filiation et la transmission. La maladie d’Alzheimer a beau saccager lentement le cerveau et déposséder la personne qui en souffre de sa propre mémoire, elle ne casse pas pour autant le « fil » entre l’enfant et sa mère. Voilà ce que découvrira l’auteur dans ce bouleversant voyage. « Pour n’importe qui, elle a l’air d’une folle. Pas pour moi. Je n’ai pas peur de son regard, de ses cris et de ses mains qui me retiennent. Je sais qui est la femme encore blottie dans ce corps inquiétant. C’est ma mère. Je l’aime », écrit Boulerice. Souvent, pour se déculpabiliser, les proches d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer expliquent ainsi leur démission : « Peu importe que j’aille la voir ou non, de toute façon elle ne me reconnaît plus et ne s’en souviendra pas. » Il sera difficile d’invoquer ce prétexte après avoir lu cet émouvant récit. (La mémoire des mots : Alice au pays de l’Alzheimer, par Jacques Boulerice, Fides, 236 p., 24,95 $)
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La peau des doigts
La peau des doigts
Retenez bien ce nom
Elle s’appelle Katia Belkhodja. Elle est née en Algérie en 1986. À cinq ans, elle dictait de courts poèmes sur les papillons à son grand-père. À neuf ans, elle est arrivée au Québec avec ses parents. À 18 ans, elle a gagné un concours international de poésie. Elle a maintenant 21 ans, termine des études en littérature à l’Université de Montréal et vient de faire paraître un premier roman, La peau des doigts. Déjà, elle possède une écriture percutante, poétique, qui vous assomme dès l’incipit : « J’avais ta chair arrachée entre les dents. » À lire non pas pour l’intrigue — des jeunes partent à la recherche de Marguerite Yourcenar —, mais pour la force du style et pour le plaisir de voir éclore un talent plus que prometteur. (La peau des doigts, par Katia Belkhodja, XYZ, 98 p., 20 $)

L’ADQ en déroute

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L’appui à l’ADQ s’essouffle. À peine 18% des Québécois auraient voté pour l’Action démocratique du Québec si des élections avaient eu lieu la semaine dernière. Cela aurait ramené le parti de Mario Dumont au score de 2003, du temps où il n’avait que cinq députés, révélait hier le sondage Léger Marketing-Le Devoir.
Mon analyse? Les Québécois constatent que la bande d’apprentis sorciers et d’analphabètes politiques qui forment l’opposition officielle ne possèdent pas les qualités requises pour former un gouvernement. Ce n’est pas plus compliqué que ça.
Les «clips» racoleurs de Mario Dumont et son sens de la formule séduisent de moins en moins d’électeurs, y compris dans son présumé bastion que constitue le «450».
Le populisme de l’ADQ tombe plus souvent qu’autrement à plat. La réaction de Mario Dumont au grabuge de lundi dernier constitue un bel exemple. Le chef insinuait que les policiers devaient désormais remplir un document en quatre copies avant d’intervenir (c’est faux, évidemment) et invitait la police à se servir davantage de la matraque, ou du moins à miser sur la répression pour venir à bout des casseurs.
On a vu hier soir qu’au contraire, il suffit d’une plus grande présence policière dans les rues de Montréal pour que la fête se déroule dans l’ordre. Il n’est point besoin de varger dans l’tas à coup de matraque. Tout passe par la prévention, non par la répression. Les spécialistes de la lutte contre la criminalité apprennent ça au berceau. Ce n’est pas par la violence que la police britannique a réussi dans sa lutte contre les hooligans, c’est plutôt en appliquant de rigoureuses mesures préventives.
Par ailleurs, Mario Dumont ne peut plus jouer non plus la carte de l’identité, ce qui avait largement contribué au succès de son parti à la dernière élection, au lendemain de l’affaire Hérouxville. Le PQ a repris le leadership qu’il détenait historiquement dans ce dossier.
Il serait présomptueux d’annoncer la mort de l’ADQ. Ceux qui l’ont fait en 2003 l’ont amèrement regretté. Il me semble toutefois réaliste de prévoir une spectaculaire déroute du parti de Mario Dumont à la prochaine élection générale.

Célébrons le livre!

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On célèbre aujourd’hui, dans plus de 80 pays, la 13e Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Pourquoi le 23 avril? Parce que la Conférence de l’UNESCO en a décidé ainsi, étant donné que cette date coïncide avec la disparition d’éminents écrivains comme Cervantes, auteur de Don Quichotte, et Shakespeare.
Le Québec n’est pas en reste. Plus de 150 activités ont lieu aujourd’hui, d’un bout à l’autre de la province. Ce sont surtout des lectures publiques, des rencontres avec les écrivains et des expositions, mais on trouve aussi au programme des propositions fort originales.
Je pense ici au «passe-livre», un jeu qui consiste à laisser un livre dans un endroit public afin de susciter l’intérêt d’un passant qui se l’approprie, le lit et le dépose à son tour dans un autre lieu public.
Quatre hôpitaux du Québec, soit ceux de Gaspé, Baie-Comeau, Sainte-Agathe et Longueuil (Pierre-Boucher) ont accepté de se prêter au jeu. Des livres seront laissés dans les diverses salles d’attente, grâce à la collaboration de dizaines d’éditeurs québécois.
Qui sait? Peut-être aura-t-on trouvé ainsi une des solutions aux problèmes des attentes dans les hôpitaux. Quand on se plonge dans un bon roman, le temps n’existe plus…
Porte-parole de la Journée mondiale du livre, la romancière Chrystine Brouillet adore le jeu du passe-livre. Elle a déjà laissé dans un lieu public son exemplaire du chef-d’œuvre de Jorge Semprun, L’écriture ou la vie.«Un livre, c’est vivant. Il faut que ça circule. Il faut que le livre envahisse tous les lieux publics», dit-elle.
En ce jour de fête, Chrystine Brouillet s’inscrit en faux contre les pessimistes qui craignent la disparition du livre au détriment de l’ordinateur. «Le livre est quelque chose d’intime, de sensuel. Il permet un rapport intime que l’ordinateur ne permettra jamais. Le livre survivra, j’en suis certaine.»
La romancière affiche le même optimisme au sujet de l’avenir de la littérature québécoise. «Nous avons une littérature forte. La présente saison en fait la preuve, entre autres avec les romans de Monique Proulx, Louise Desjardins et Marie-Claire Blais. Il y a aussi toute une jeune génération d’écrivains qui débordent de talent, les Marie-Hélène Poitras, Mélanie Vincelette et cie. Ces jeunes font une littérature originale, très exportable», s’enthousiasme-t-elle.
Bonne Journée mondiale du livre et du droit d’auteur à tous! On trouve la liste des activités du jour à cette adresse : www.jmlda.qc.ca.

«Hooligans»: La police de Montréal devrait s’inspirer des Anglais

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La poignée de partisans éméchés qui ont causé du grabuge dans le centre-ville de Montréal, hier soir, demeurent des enfants de chœur, du moins quand on les compare aux hooligans qui sévissent aux abords et à l’intérieur des stades de soccer de plusieurs pays d’Europe.
Une rapide revue de presse nous rappelle d’ailleurs que le soccer provoque régulièrement des incidents mortels parmi ses supporters. Le hockey n’en est pas encore là, même à Montréal, où ce sport occupe une place prépondérante.
La semaine dernière, par exemple, à Novisad, en Serbie, une personne a été tirée mortellement et plusieurs autres ont été blessées durant une bagarre entre partisans rivaux de «Partizan Belgrade» et «Vojvodina Novi Sad». En novembre dernier, en Italie, un policier a tué accidentellement un partisan de lors d’affrontements entre des partisans de la Juventus et la Lazio près d’Arezzo, en Toscane. On ne parle pas ici de vitrines saccagées, rue Sainte-Catherine…
Les incidents de Montréal, hier soir, ont causé des dommages estimés à 500 000 $. Cinq voitures de police ont été incendiées. Mais il n’y a pas eu mort d’homme. Cette violence serait l’affaire de «groupes organisés», selon la police.
Tout est en place, toutefois, pour que ça dégénère. Un vent de folie souffle sur la ville. Les chaînes d’information continue s’y attendent, d’ailleurs, à ce que la violence éclate. À force de montrer des images d’archives des émeutes de 1986 et de 1993, à force de planter des reporters au milieu de la foule, elles risquent même d’y contribuer.
J’entendais un policier, hier soir, quelques instants après la fin du match, rassurer les journalistes. «Tout est sous contrôle, nous sommes prêts à faire face à tout débordement», disait-il, affichant un sourire confiant sous sa moustache grise.
De toute évidence, ce n’était pas le cas.
Si jamais le phénomène allait en s’accentuant, je suggère aux policiers du Service de police de la Ville de Montréal de s’inspirer de leurs homologues britanniques. En Grande-Bretagne, le hooliganisme constituait une véritable plaie. Ce n’est plus le cas. La police est parvenue à enrayer le phénomène en se dotant d’une stratégie extrêmement efficace.
Ce reportage de la télé française en témoigne avec éloquence. Des policiers assurent une présence massive aux abords des stades et se permettent même, sans hésiter, d’interdire l’accès aux soûlards. Des caméras sont placées dans les stades afin d’assurer une surveillance constante. Un fichier national de hooligans, contenant plus de 3000 noms, a été constitué.
Pour l’instant, les voyous qui ont fait du grabuge au centre-ville de Montréal ne se comparent en rien aux hooligans. Il reste qu’il suffirait de peu pour que le problème devienne beaucoup plus préoccupant. Et compte tenu que les éliminatoires n’en sont encore qu’à leurs débuts, mieux vaut s’attaquer encore plus sérieusement au problème.
Il suffirait par exemple qu’un zozo éméché, un «vrai Serge» pinté de bière, fanion du Canadien au vent dans son SUV, fasse une victime parmi les piétons aux abords du Centre Bell. On ne rirait plus du tout…